Le 20 mai 2026, Itamar Ben-Gvir a publié les images de l’arrestation des membres de la Global Sumud Flotilla. Pas un dérapage. Pas une bavure. Juste la routine. La mécanique froide d’un système qui humilie avec la régularité d’une chaîne d’abattage.
Depuis des années, les flottilles humanitaires qui tentent de fissurer le blocus de Gaza croisent la même mer noire : interceptions brutales, insultes, détentions, disparition des droits. D’ordinaire, tout cela reste enfermé derrière les murs opaques des geôles israéliennes, loin des écrans, loin des consciences anesthésiées.
Alors Benjamin Netanyahu et Gideon Sa’ar ont protesté. Non contre la violence. Non contre les méthodes. Mais contre la fuite. Comme des médecins légistes furieux qu’on ait photographié le cadavre avant l’autopsie officielle.
Car ces images parlent trop. Elles montrent la véritable architecture de l’État : la domination nue, administrative, froide. Et derrière ces militants étrangers encore protégés par la lumière médiatique, elles laissent deviner l’enfer quotidien des détenus palestiniens — ceux qu’on frappe hors champ, dans des cellules sans témoins, là où les cris meurent avant d’atteindre les réseaux sociaux.
Israël traîne déjà, dans l’imaginaire mondial, une réputation de forteresse brutale. Et Itamar Ben-Gvir semble déterminé à transformer cette réputation en signature.
Paris et plusieurs capitales européennes ont condamné des agissements « inadmissibles ».
Le mot est tombé avec la solennité molle des communiqués diplomatiques — propre, repassé, parfaitement inoffensif. Comme si l’horreur pouvait encore être contenue dans le formol d’un adjectif administratif.
On condamne donc. Avec gravité. Avec des mines fatiguées. Avec cette indignation de galerie que l’Europe exhibe désormais comme un vieux parapluie troué sous un déluge de sang. Pendant ce temps, les matraques continuent leur travail de boucherie méthodique, et les prisons avalent les corps dans un silence de morgue.
Tarak Amira

