La croissance fragile du PIB tunisien au premier trimestre 2026

🔴Les investissements directs étrangers et des conditions climatiques favorables ont propulsé la croissance du PIB à 2,6 % en valeur nominale. Comment est-ce possible ?

🔴N’oublions pas la même tendance observée au premier trimestre 2025 (le PIB s’était contracté de 0,2 %), tendance qui s’est confirmée cette année. Au premier trimestre 2026, le PIB s’est contracté de – 0,3 %.

🔴Ces contractions sont généralement dues à une combinaison de facteurs : forte hausse des importations, ralentissement saisonnier hivernal et réduction des dépenses publiques.
La hausse du coût de l’énergie et le déficit énergétique important freinent la croissance du PIB au premier trimestre.

🔴Grâce aux investissements directs étrangers de 3,5 milliards de dinars en 2025 (en hausse de + 30,3 % par rapport à 2024) et de 840 millions de dinars supplémentaires au premier trimestre 2026, la Tunisie a également bénéficié d’une excellente saison des pluies, ce qui a permis d’accroître les récoltes d’huile d’olive et de blé et de contribuer à cette fragile croissance du PIB de 2,6 %.

🔴La croissance de 2,6 % se répartit comme suit : 0,61 % pour le secteur agricole,
0,45 % pour le secteur industriel et 1,38 % pour le secteur des services.

🔴Face à cette croissance de 2,6 %, le secteur privé adresse un message clair à la Banque centrale de Tunisie et au gouvernement du président Kaïs Saïed : réduisez l’impôt sur les sociétés et abaissez le taux d’intérêt à 5 %. En conséquence, le secteur privé, avec ses investisseurs étrangers, investira, créera des emplois et stimulera la croissance économique au-delà de 2,6 %.

1. La bonne nouvelle de ce premier trimestre concernant la croissance du PIB est la suivante : malgré une contraction de – 8 % des prêts des banques commerciales au secteur privé en 2025 et une nouvelle contraction de -1,2 % ce trimestre, le PIB a tout de même progressé de 2,6 %.

Ceci grâce à un nouveau facteur : suite à l’annonce par le président Trump des droits de douane en 2025, de nombreux pays européens ont accru leurs investissements en Tunisie. Selon la FIPA et la TIA, les investissements directs étrangers ont augmenté de 30,3 % par rapport à 2024, pour atteindre 3,5 milliards de dinars en 2025, auxquels s’ajoutent 840 millions de dinars d’investissements au premier trimestre 2026.

Tous ces investissements réels ont créé des milliers d’emplois dans le secteur privé et ont contribué à la hausse de la croissance du PIB (Source : Tap.tn, voir commentaires ci-dessous).

2. Autre bonne nouvelle : l’ensemble des investissements directs étrangers dans le secteur manufacturier, la croissance du secteur agricole et les bonnes récoltes d’huile d’olive et de blé ont permis la création de 16,500 nouveaux emplois au premier trimestre 2026, contre 2 700 au premier trimestre 2025. Ce chiffre, multiplié par six, a fait baisser le chômage à 15 %, une excellente nouvelle pour l’économie tunisienne. (Source : ins.tn).

3. Troisième bonne nouvelle : la croissance du PIB de 2,6 % est due à l’investissement du secteur privé et à la demande intérieure des ménages, qui ont progressé de 5,2 % (la consommation intérieure représente 75 % du PIB tunisien), tandis que la demande extérieure et le commerce extérieur ont reculé de – 3,08 %.

4. Quatrièmement, le secteur des services a contribué à hauteur de + 1,38 % à la croissance du PIB de 2,6 %. Nous avons constaté une croissance du secteur des technologies de l’information et de la communication (+4,1 %), du secteur de la santé (+2,6 %), du secteur de l’éducation (+2,3 %) et de la production et de la distribution de gaz et d’électricité (+5,7 %). Tous ces secteurs sont favorables à la création d’emplois, ce qui augmentera les recettes fiscales de l’État et réduira ses besoins d’emprunt en 2026.

🔴Par ailleurs, l’économie tunisienne, qui génère de très faibles réserves de change (105 jours de reserves) depuis cinq mois, présente les caractéristiques suivantes :

Le secteur bancaire et financier s’est contracté de – 1,2 %, les banques n’accordant pas de prêts au secteur privé.

Le secteur de la construction s’est contracté de – 7,1 %, les banques n’accordant pas de prêts aux entreprises du bâtiment.

Le secteur de l’extraction de pétrole et de gaz s’est contracté de – 4,8 %.

Le secteur de la fabrication textile s’est contracté de – 5,8 %.

Le secteur de la production chimique s’est contracté de – 11,5 %.

Au premier trimestre 2026, le commerce international (importations et exportations) s’est contracté de – 3,08 %.

🔴Conclusion :

1. L’économie tunisienne a connu une croissance nominale de 2,6 % au premier trimestre 2026, soit l’un des taux les plus faibles d’Afrique et du Moyen-Orient, inférieur à la croissance mondiale moyenne de 3,1 % estimée par le FMI.

2. Face à cette croissance économique faible et fragile de 2,6 %, le gouvernement doit investir dans les infrastructures et n’a d’autre choix que de collaborer avec le FMI pour obtenir un prêt de 3 milliards de dollars à un taux d’intérêt avantageux de 3 %.

Ce prêt permettra de construire de nouvelles universités, de nouveaux hôpitaux, de nouvelles écoles, de nouveaux centres de données, de nouveaux trains, de nouveaux avions, de nouveaux aéroports et de nouveaux ports afin de soutenir le secteur privé dans ses exportations et de générer davantage de devises étrangères, contribuant ainsi à la création de richesse.

3. Au premier trimestre 2026, la croissance du PIB provenait de la consommation intérieure des ménages, représentant 75 % de l’économie. La demande intérieure a augmenté de + 5,20 %. Cette croissance est alimentée par les investissements directs étrangers, l’augmentation de la dette publique auprès de la banque centrale et des banques commerciales, ainsi que par l’endettement des ménages, qui a atteint 12 500 dinars par Tunisien. Emprunter, dépenser et laisser les générations futures rembourser la dette : le gouvernement actuel dépense l’argent qu’il n’a pas.

4. Le gouvernement du président Kaïs Saïed doit collaborer avec la Banque centrale de Tunisie pour ramener les taux d’intérêt à 5 % et réduire l’imposition des entreprises, véritables créatrices de richesse. Il doit également réduire et réformer les subventions alimentaires et énergétiques afin d’accroître les recettes fiscales et d’investir dans les infrastructures énergétiques. Il doit aussi réduire la dette publique totale, ainsi que le déficit budgétaire et le déficit commercial (double déficit).

5. Néanmoins, le niveau élevé d’inflation et le coût élevé de l’énergie causés par la guerre entre les États-Unis et l’Iran auront un effet négatif sur le coût de production et un effet négatif sur le déficit jumeau et sur la croissance économique dans son ensemble.

Larbi Benbouhali