Quand le président Saïed prône le Sud global ou dit un non catégorique aux institutions du Bretton woods, les chiffres du commerce extérieur et les données de la dette démontrent que les partenaires de son pays sont de facto les pays occidentaux, la Banque mondiale et certains prêteurs non conventionnels principalement occidentaux. Hiatus ?
Depuis Tunis, des contradictions structurelles et un double discours apportent des dissonances chaque jour plus grandes et plus grotesques.
D’un côté, les discours du président Kais Saïed, très « Sud Global », « BRICS »attitude et propos sur la « décadence »occidentale. Puis il y a les chiffres, ceux notamment de l’INS (Institut national de la statistique), qui permettent de lire avec qui Tunis commerce en bonne intelligence et ceux qui traduisent un rapport de soumission. Dans le gros oeuvre et dans le détail, l’économie contredit le politique. L’Europe est et demeure de très loin le premier partenaire de la Tunisie.
Les États membres de l’Union européenne drainent 71,3 % des exportations tunisiennes quand les importations européennes pèsent pour 45,5 % du global. Soit 16 milliards de dinars d’exportation, un chiffre en hausse puisqu’il s’établissait à 14,5 au premier trimestre 2025. La facture des importations ?
Plus de 13 milliards de dinars, contre 12 environ sur la période précédente, en 2025. Si la balance commerciale est nettement dans le rouge, déficitaire de 7,5 milliards de dinars, la cause n’est pas dans l’Occident européen.
L’Europe, partenaire équilibré
Sur les quatre premiers mois de l’année 2026, les exportations de produits tunisiens vers la France grimpent de 13,8 %, quand les importations augmentent de 24,7 %. Paris représente 23 % des exportations made in Tunisie, ses importations représentent 12 %. On appelle ça une relation équilibrée, favorable à Tunis et ce n’est pas un fait nouveau. Un partenaire idéal, en quelque sorte.
L’autre « voisin méditerranéen », l’Italie , est sur une dynamique similaire ; avec des exportations tunisiennes en hausse de 5,2 %, et des importations qui bondissent de 10,7 %. Ces deux pays du sud de l’Europe consacrent des liens économiques solides avec Tunis, malgré le tournant autoritaire pris par le pays depuis le coup d’État du 25 juillet 2021 , lors duquel le président Saïed s’est emparé de tous les pouvoirs.
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À l’heure des conflits en Ukraine et en Iran, guerres aux conséquences commerciales mondiales, la realpolitik prime. Après avoir soutenu la démocratie issue du « Printemps arabe », les pays européens ont ajusté leurs relations bilatérales. Et peu importent les diatribes du président Saïed. Les discours cicatrisent vite. Autre allié commercial, l’Allemagne, qui représente 14 % des exportations tunisiennes et 8 % des importations.
Difficultés avec les voisins du Maghreb
L’Union du Maghreb Arabe est un fiasco depuis sa fondation en 1987, « la région est la moins intégrée économiquement au monde » expliquait même l’ONU. Ce constat politique ne se modifie pas et se lit dans les chiffres du commerce extérieurs.
Du 1er janvier au 30 avril 2026, les exportations tunisiennes vers le Maroc flanchent de 40 %, chiffre qui s’explique en partie par le conflit larvé entre les deux pays -; depuis que le président Saïed s’est mêlé du dossier épineux du Sahara occidental en recevant le leader du Front Polisario, Brahim Ghali , comme s’il était un chef d’État.
Moins 20 % également avec l’Algérie, l’allié, le « grand frère »dont Kaïs Saïed a épousé les positions géopolitiques, rompant avec la neutralité historiquement prônée par Habib Bourguiba.
La dépendance énergétique de la Tunisie, pays qui a peu de pétrole contrairement à ses deux voisins algériens et libyens, explique ceci. Idem avec la Libye, -; 19,6 % depuis le début de l’année.
L’Algérie n’a pas aimé la participation de la 1ere ministre tunisienne au sommet de la FranceAfrique à Nairobi, il y a deux semaines. Et elle le fait savoir.
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Le trépied de l’économie tunisienne ? Agriculture, phosphates, tourisme. Si ce dernier n’est pas un produit exportable, l’huile d’olive a dopé l’agroalimentaire, qui affiche des exportations en hausse de 24,3 %. L’autre pied, le phosphate, porte pâle, chutant de 23,6 %.
Autrefois l’un des importants pays producteurs, la Tunisie a été dépassée par le Maroc, désormais leader mondial, trustant près de 45 % du marché. Le conflit déclenché en Iran, engendrant une semi-paralysie des exportations des intrants venant du Golf, pourrait ralentir – entre autres produits – la production d’engrais. Et par ricochet pénaliser l’agriculture.
Les leçons économiques n’ont pas été retenues
Au commencement du régime du président Saïed était le verbe. Haché, martelé, peu enclin à l’amabilité. Au final sera l’économie. La dictature Ben Ali a trébuché sur la corruption et l’absence de développements, provoquant une rupture du contrat tacite entre le citoyen et le despote : pas de libertés en échange d’un niveau de vie acceptable. La kleptocratie aura révulsé une population lésée, rachetée par la police d’État.
Après la parenthèse démocratique, dix années (14 janvier 2011 – 25 juillet 2021), le pays a repris son train-train autoritaire avec parodies d’élections, emprisonnement des opposants, interdiction d’ONG, associations, mise au pas de la société civile n’ayant pas fait allégeance.
Tunisie : « love story » avec Meloni
Si le discours officiel du palais de Carthage embaume le refus des valeurs occidentales et la constitution d’un nouvel ordre mondial « Sud Global » , la réalité économique dit une toute autre réalité.
Fin avril, la balance 2026 entre exportations et importations demeurait dans le rouge, déficitaire de 7,5 milliards de dinars. 235 millions de plus que les quatre premiers mois
Presses internationales, E4T

