Volkswagen cédera son usine d’Osnabrück à une entreprise israélienne

Une lettre d’intention a été signée pour céder l’usine à l’investisseur israélien Aurelius Capital et au Land de Basse-Saxe. Le site devrait produire des composants de systèmes de défense aérienne

Le constructeur automobile allemand Volkswagen est parvenu à un accord prévoyant la cession de son usine d’Osnabrück au fonds d’investissement israélien Aurelius Capital et au Land de Basse-Saxe, afin d’y développer des projets relevant de l’industrie de défense, après le veto opposé par son grand actionnaire qatari à un partenariat direct avec Israël.

Dans un communiqué, Volkswagen a indiqué qu’une lettre d’intention avait été signée à l’issue de plusieurs mois de négociations entre les parties prenantes.

Confronté à l’une des crises les plus profondes de son histoire en raison de la concurrence asiatique, le groupe allemand prévoit actuellement des suppressions d’emplois et des fermetures d’usines.

Aux termes de l’accord, Aurelius Capital deviendra l’actionnaire majoritaire du site, tandis que le Land de Basse-Saxe détiendra également une participation.

Les modalités financières de l’opération n’ont pas encore été dévoilées. Sa finalisation reste soumise à l’approbation des instances compétentes et des autorités de la concurrence.

Un premier projet avec l’entreprise israélienne Rafael

Volkswagen a confirmé que le premier « projet d’ancrage » du site prendrait la forme d’une coopération avec l’entreprise israélienne de défense Rafael Advanced Defense Systems.

« Ces projets prévoient la production potentielle de systèmes et de composants destinés aux dispositifs de défense aérienne de l’Allemagne et de l’Europe. Dans le cadre de cette coopération, Rafael apportera son expertise technologique et sa solide expérience dans le domaine des systèmes modernes de défense aérienne, tandis que les employés de l’usine d’Osnabrück joueront un rôle central dans la mise en place des opérations de fabrication et l’industrialisation de la production », a expliqué le constructeur.

Volkswagen précise que ce partenariat doit également ouvrir la voie à d’autres coopérations et projets qui seront ultérieurement menés sous l’égide de la nouvelle société.

Cette formule de cession permettrait de surmonter la crise politique provoquée par l’opposition du Qatar, qui détient 17 % du capital de Volkswagen, à un partenariat direct entre le constructeur allemand et Rafael Advanced Defense Systems.

Soutenu par le gouvernement fédéral allemand et le Land de Basse-Saxe, lui-même détenteur de 20 % de Volkswagen, le projet de reconversion s’est également heurté aux protestations d’habitants et de mouvements opposés à la guerre.

Grâce à la cession de l’usine, Volkswagen pourra permettre la production de technologies de défense sur le site sans participer directement à cette activité.

Les emplois garantis jusqu’en 2029

L’accord prévoit de conserver, dans un premier temps, 1 400 des quelque 1 800 salariés actuellement employés dans l’usine.

Après les départs naturels et les retraites anticipées, la nouvelle structure devrait compter environ 1 200 postes. Les salariés concernés bénéficieront d’une garantie d’emploi jusqu’à la fin de l’année 2029.

Des solutions sont toujours recherchées pour les autres employés du département de développement technique.

Le ministre-président de Basse-Saxe, Olaf Lies, a justifié la participation du Land à cet investissement par l’évolution de l’architecture sécuritaire.

« L’Allemagne et l’Europe doivent renforcer leurs capacités et devenir plus indépendantes. En tant que Basse-Saxe, nous voulons que ce processus génère de la valeur ajoutée et des emplois sûrs », a-t-il déclaré.

Le président-directeur général de Volkswagen, Oliver Blume, a pour sa part affirmé que le groupe assumait ses responsabilités envers l’usine d’Osnabrück.

« Avec l’accord signé aujourd’hui, nous franchissons une étape importante pour ouvrir la voie à un nouvel avenir industriel pour le site. Les employés d’Osnabrück ont démontré à plusieurs reprises l’étendue de leur expertise, de leur flexibilité et de leur détermination. À l’avenir, le site continuera de s’appuyer sur ces atouts », a-t-il souligné.

Fin de la production automobile et lancement des projets militaires

L’accord mettra également un terme à plus de 125 ans de tradition automobile à Osnabrück.

Intégrée au groupe Volkswagen en 2010, l’usine réduira progressivement sa production de véhicules. Celle-ci cessera définitivement à l’été 2027, lorsque le dernier modèle T-Roc Cabriolet sortira des chaînes de montage.

À partir de cette date, Volkswagen ne sera plus propriétaire du site, mais continuera de fournir un soutien en matière d’infrastructures et d’expertise.

Le constructeur devrait également prendre en charge une partie des coûts de personnel pendant la période de transition, jusqu’en 2029.

Une reconversion perçue comme un « test éthique »

Le projet de reconversion de Volkswagen dans l’industrie de défense est considéré comme un élément essentiel de sa stratégie visant à compenser les pertes enregistrées dans le secteur des véhicules particuliers et à préserver l’emploi, alors que l’Europe connaît un processus de réarmement.

La production de véhicules militaires par Volkswagen pour le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le recours au travail forcé, rendent toutefois le retour du site à une activité militaire historiquement controversé.

La coopération envisagée avec Israël, sur fond d’offensive israélienne dans la bande de Gaza, est également perçue en Allemagne comme un « test éthique » aux dimensions à la fois politiques et juridiques.

Anadolu