Depuis plus de trois ans, le gouvernement ne parvient pas à ramener l’inflation au niveau des 3 % ; a-t-il perdu la bataille contre l’inflation monétaire ?
🔴Comme je l’avais annoncé en février dernier , la Banque centrale de Tunisie fait face à une seconde vague d’inflation élevée ; l’inflation monétaire est repartie à la hausse, atteignant 5,4 % le mois dernier, contre 5,1 % en juillet.
1. Lorsque le gouvernement augmente les impôts de 8 % d’une année sur l’autre, cela contribue à maintenir l’inflation à un niveau élevé. Une hausse de la fiscalité est inflationniste.
2. Certes, le gouvernement n’a pas augmenté le prix du carburant, mais il a accru la collecte fiscale de 8 % cette année et prévoit une hausse de 7 % en 2025 pour financer les coûts élevés de l’énergie. C’est le principe de reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre.
3. Le fait que 856 000 Tunisiens contractent des prêts de microfinance à un taux d’intérêt de 30 % alimente également l’inflation (source : rapport de la BCT du 27 août 2026). Le volume des prêts de microfinance a augmenté de 20 % l’année dernière. Octroyer des crédits aux ménages modestes à un taux annuel de 30 % pour des montants allant de 5 000 à 20 000 dinars alourdit la charge financière de ces foyers ; cela pousse l’inflation à la hausse chaque année, car ces ménages consacrent une part croissante de leurs revenus à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et au transport.
4. Lorsque la masse monétaire M1 (gérée par la Banque centrale) augmente de 14 % par an et que les liquidités en circulation atteignent 30 milliards de dinars, cela exerce également une pression à la hausse sur l’inflation.
5. Lorsque le gouvernement ne parvient pas à contrôler l’économie parallèle, refuse de réformer les circuits de distribution et d’approvisionnement, et ne supprime pas le recours aux paiements par chèque, il favorise la hausse des prix à la consommation et des denrées alimentaires, ce qui alimente à son tour l’inflation.
6. Et oui, les subventions sur les denrées alimentaires et l’énergie faussent les prix nominaux et donnent une image erronée du taux d’inflation réel. Les subventions réduisent artificiellement le prix du marché (prix nominal) des biens et services ; par conséquent, les taux d’inflation mesurés apparaissent plus bas que dans un marché à prix libres, agissant ainsi comme un « frein mécanique » sur l’inflation.
🔴La Banque centrale de Tunisie est-elle en train de perdre la bataille contre une inflation chronique et persistante ?
N’oublions pas que la politique monétaire de la Banque centrale ne régit que 60 % de l’économie, tandis que 40 % de l’activité s’opère dans le secteur parallèle non réglementé.
🔴Une seconde vague d’inflation persistante est déjà là : selon l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’inflation (IPC) a grimpé à 5,4 % pour le mois d’août.
Par ailleurs, l’indice des prix à la consommation (IPC) a atteint 197,3 en août. (L’inflation mesure la variation en pourcentage, alors que l’indice mesure les variations en dinars).
🔴L’INS indique également que le panier de biens et services coûte aujourd’hui 197,3 dinars, contre 100 dinars en 2015 (année de référence) ; cela signifie que le coût monétaire réel en dinars a augmenté de 8,60 % par an au cours des 11 années écoulées depuis 2015. (197,3 – 100) / 11,5 ans = 8,46 %.
Au cours des trois dernières années, les familles tunisiennes ont perdu plus de 20 % de leur pouvoir d’achat en termes réels. De plus, le gouvernement a récemment approuvé une augmentation salariale de 5 % (3,5 % net), mais le taux d’inflation de 5,4 % enregistré en août absorbera cette hausse et alourdira les charges des ménages tunisiens.
🔴🔴Conclusion :
1. La Tunisie connaissait un environnement économique marqué par une forte inflation avant le conflit entre les États-Unis et l’Iran en mars dernier, ainsi que par des déficits budgétaire et commercial chroniques (déficits jumeaux) liés au coût élevé de l’énergie et des subventions. Ces facteurs ont contraint le gouvernement à emprunter des sommes importantes à des taux d’intérêt élevés ; la charge des intérêts, s’ajoutant au coût des biens et services, a alimenté l’inflation réelle. Cette situation a poussé la Banque centrale de Tunisie à maintenir des taux d’intérêt trop élevés, ce qui a freiné l’investissement, maintenu la croissance économique à un niveau trop bas et perpétué un taux de chômage élevé.
2. Le secteur de la microfinance (octroi de prêts à taux élevés aux populations démunies) a progressé de 20 % en 2025 pour atteindre 3 010 millions de dinars. Ces prêts, assortis d’un taux d’intérêt annuel de 30 %, contribuent à la hausse du coût des biens et services ainsi qu’à celle de l’inflation, tout en accentuant les inégalités sociales et la pauvreté, et en aggravant l’inflation ressentie par les familles modestes.
3. Par ailleurs, la création monétaire par la Banque centrale de Tunisie pour financer les subventions alimentaires et énergétiques génère un niveau d’« inflation masquée » — inférieur aux prix réels du marché — et entraîne une baisse temporaire et artificielle du taux d’inflation officiel. Ce mécanisme peut occulter la réalité de l’inflation, la hausse du coût de la vie et l’érosion du pouvoir d’achat du dinar.
4. Le gouvernement tunisien n’a d’autre choix que de réformer le système et de réduire les subventions alimentaires et énergétiques, dans la mesure où seules 40 % de la population en ont réellement besoin.
5. Le gouvernement tunisien est également contraint de collaborer avec le FMI pour emprunter au moins 3 milliards de dollars à un taux préférentiel de 3 %. Cet emprunt permettrait de porter les réserves de change de la Banque centrale de Tunisie à un niveau couvrant 150 jours d’importations, d’améliorer la note souveraine (Fitch) pour atteindre « BBB- », de renforcer le dinar tunisien, de lutter contre l’inflation importée et de se préparer aux conséquences du conflit américano-iranien, notamment la hausse des prix de l’énergie ainsi que les chocs d’approvisionnement en pétrole brut et en engrais.
Larbi Benbouhali

