Je n’ai pas eu besoin d’une amende pour retirer mon voile.

Je l’ai retiré par instinct de survie, parce que j’avais soif de liberté après avoir été trop longtemps emprisonnée. Je ne voulais plus rester prisonnière de l’islamisme. Parce qu’un jour, j’ai compris que mon corps n’était ni une honte, ni une tentation, ni un objet à camoufler. J’ai compris que ma dignité ne dépendait pas de la quantité de tissu qui me recouvrait et que l’on devait m’accepter et me respecter pour la femme que je suis.

J’ai compris que personne ne devait décider à ma place de ce que je devais porter, ni un homme, ni un prédicateur, ni une communauté, ni la police, ni la justice ni l’État.

Le voile intégral doit être interdit, ainsi que l’uniforme du salafisme, (le long voile noir) le voilement des petites filles ne doit pas être toléré non plus.

Mais je refuse de confondre fermeté et inefficacité. C’est précisément pour cela que je ne crois pas aux amendes proposées par le RN contre les femmes voilées dans l’espace public. Mettre des amendes risque d’avoir exactement l’effet inverse de celui recherché, certaines femmes se voileront davantage par défi, par provocation ou pour se présenter comme victimes d’une persécution.

Sanctionner les femmes qui portent le voile et contre productif. Ce serait offrir aux islamistes le récit dont ils ont besoin pour renforcer leur propagande. On ne combat pas une contrainte en créant une nouvelle contrainte. On ne libère pas une femme en la sanctionnant.

Le combat contre l’islamisme doit être ferme, mais intelligent. Il faut s’attaquer à ceux qui organisent l’emprise, qui endoctrinent, qui imposent et qui exercent des pressions sur les femmes. Il faut donner aux femmes les moyens de penser librement, de choisir librement et, lorsqu’elles subissent une emprise, de pouvoir réellement s’en affranchir.

Retirer mon voile a été l’un des actes les plus importants de ma vie. Ce n’était pas un simple geste vestimentaire. Mais une véritable libération. Je n’ai pas simplement découvert mes cheveux ou mon visage. J’ai repris possession de mon corps, de ma pensée, de ma dignité et de ma liberté.

On ne fera pas reculer l’islamisme avec des mesures contre-productives. On le combat en s’attaquant à son emprise et à son idéologie, pas en offrant aux islamistes de nouvelles victimes à instrumentaliser.

Faisons confiance aux femmes, ne les prenons pas en otage dans ce combat contre l’islamisme. Chaque femme doit avoir le choix. Je conseille à toutes les femmes de faire la même choix que moi : Celui de la Liberté.

Henda Ayari