Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) condamne le harcèlement judiciaire persistant dont est victime l’avocate et commentatrice Sonia Dahmani, dans un contexte d’atteintes croissantes à la liberté de la presse en Tunisie, notamment l’obstruction du travail des journalistes couvrant les manifestations publiques. Le ciblage systématique des journalistes, des commentateurs et des voix indépendantes témoigne d’une dangereuse détérioration de l’espace civique et de la liberté des médias dans le pays.
Sonia Dahmani, qui avait déjà passé 18 mois en prison avant d’être libérée en novembre, a été condamnée le 25 mai pour « diffusion de fausses informations susceptibles de nuire à un agent public », en vertu du décret-loi tunisien n° 54 relatif à la cybercriminalité, pour des propos tenus en 2023 critiquant les conditions de détention dans les prisons tunisiennes. Condamnée à deux ans de prison, elle demeure en liberté dans l’attente de l’examen de son appel interjeté par ses avocats. Ce dernier a porté plainte contre cette décision, selon son avocat, au nom de la Direction générale des prisons.
Sonia Dahmani, lauréate du Prix international de la liberté de la presse 2025 du CPJ, est devenue un symbole de la répression croissante de la liberté d’expression en Tunisie. Les autorités tunisiennes ont intenté cinq procès distincts contre elle en raison de ses prises de position publiques au fil des ans. En avril, elle a vu sa peine réduite à 18 mois de prison en appel pour des propos tenus sur le traitement des migrants subsahariens dans le pays.
Le CPJ a documenté un climat de répression plus large en Tunisie sous la présidence de Kaïs Saïed, notamment le recours au décret-loi n° 54 pour poursuivre des journalistes et des commentateurs. Ces derniers mois, les autorités ont prononcé de nouvelles condamnations contre les journalistes Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, tout en continuant de harceler d’autres voix critiques par voie judiciaire, comme celle du journaliste Ghassen Ben Khelifa, condamné à deux ans de prison en mars 2026.
Par ailleurs, selon un communiqué du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), des journalistes et des photographes ont été empêchés, le 19 mai, de couvrir une manifestation organisée par le barreau tunisien devant le tribunal de première instance de Tunis. Le syndicat a condamné cette mesure, la qualifiant de restriction injustifiée à la liberté de la presse et au droit du public à l’information.
Le CPJ appelle les autorités tunisiennes à :
• Mettre immédiatement fin aux poursuites et au harcèlement judiciaire dont sont victimes Sonia Dahmani et toutes les personnes visées pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions.
• Libérer tous les journalistes et commentateurs détenus en raison de leur travail ou de leurs prises de parole, notamment Zied el-Heni, Mourad Zghidi et Borhen Bsaies.
• Cesser l’utilisation abusive du décret-loi n° 54 contre les journalistes et faire respecter la protection de la liberté de la presse en Tunisie, conformément au décret-loi n° 115 et aux normes internationales relatives aux droits humains.
Le courriel envoyé par le CPJ aux autorités tunisiennes pour obtenir des commentaires est resté sans réponse.
Source : CPJ , traduction Google

