Sonia Dahmani, 60 ans, très critique du président tunisien, Kaïs Saïed, est poursuivie dans cinq affaires, toutes liées à des déclarations ou publications dans les médias.
L’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani, libérée à la fin de novembre 2025 après avoir passé plus de dix-huit mois en détention, a été condamnée à une nouvelle peine de deux ans de prison pour des déclarations sur la situation pénitentiaire en Tunisie, a affirmé lundi 25 mai son avocat dans une publication Facebook . Le tribunal de première instance de Tunis a prononcé le verdict lundi après une audience tenue vendredi, a précisé Me Sami Ben Ghazi, ajoutant qu’il avait fait appel.
Sonia Dahmani, 60 ans, très critique du président tunisien, Kaïs Saïed, est poursuivie dans cinq affaires, toutes liées à des déclarations ou publications dans les médias. Les poursuites se basent sur le décret 54 sur les « fausses informations » promulgué en 2022 par Kaïs Saïed, un texte fustigé par les défenseurs des droits humains. Cette affaire a été engagée à son encontre à la suite d’une plainte déposée par l’Administration générale des prisons, selon son avocat.
Lors d’une intervention radiophonique en 2023, Mme Dahmani avait critiqué la situation des prisons dans le pays. En avril, l’avocate avait été condamnée en appel à dix-huit mois de prison pour une autre intervention radiophonique, dans laquelle elle critiquait l’existence de cimetières et d’autobus réservés aux personnes noires dans certaines régions de Tunisie.
Mme Dahmani, qui reste en liberté conditionnelle depuis la fin de novembre 2025, avait été arrêtée le 11 mai 2024 à Tunis d’une façon jugée brutale et illégale par ses confrères, au siège de l’ordre des avocats par des policiers masqués.
Répression accrue
Elle a été condamnée à dix-huit mois d’emprisonnement pour avoir ironisé sur un plateau télévisé en mai 2024 à propos de l’intention prêtée aux migrants subsahariens de s’installer durablement en Tunisie malgré une grave crise économique. « De quel pays extraordinaire parle-t-on ? », avait-elle répondu à un autre chroniqueur.
En février 2023, M. Saïed avait fustigé l’arrivée de « hordes de migrants subsahariens illégaux » et un « complot » pour « changer la composition démographique » de la Tunisie, un discours qui avait déclenché une violente campagne antimigrants dans le pays.
Depuis que le président s’est octroyé les pleins pouvoirs à la suite d’un coup de force, en juillet 2021, des dizaines d’opposants, avocats, journalistes et militants de l’aide aux migrants sont emprisonnés, soit en vertu du décret 54, soit pour des motifs liés à la législation antiterroriste ou pour « complot contre l’Etat ».
Les arrestations et condamnations se multiplient depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Saïed. Les organisations de défense des droits humains dénoncent une répression accrue contre les voix dissidentes, qu’il s’agisse d’opposants politiques, de membres de la société civile ou de professionnels des médias. Les avocats, en particulier, sont de plus en plus visés par les poursuites judiciaires, souvent sur la base du décret 54, qui est critiqué pour son caractère vague et sa portée répressive.
La situation des migrants subsahariens en Tunisie reste également un sujet de tension. Les propos du président Saïed en 2023 ont contribué à alimenter un climat de défiance et de violence à l’égard de cette population, déjà vulnérable. Plusieurs associations locales et internationales ont tiré la sonnette d’alarme sur les conditions de vie et la sécurité des migrants, ainsi que sur la montée des discours xénophobes.
Dans ce contexte, le cas de Sonia Dahmani illustre la fragilité des libertés publiques en Tunisie. Malgré les appels à la libération des personnes détenues pour leurs opinions, les autorités poursuivent leur politique de fermeté, invoquant la nécessité de préserver l’ordre public et la sécurité nationale. Les observateurs s’inquiètent d’un recul durable de l’Etat de droit dans le pays

