La première chose surprenante à propos de la défaite imminente du président Trump dans la guerre contre l’Iran de 2026 est qu’il avait déjà mené et remporté une guerre contre l’Iran avec succès l’an dernier. En juin 2025, des frappes aériennes américaines et israéliennes ont gravement endommagé le programme nucléaire iranien après douze jours de bombardements. L’ampleur exacte des dégâts demeure controversée. Mais elles n’ont certainement pas été sans effet. Si Trump s’était arrêté là, il aurait pu capitaliser sur ses gains d’août dernier comme une victoire solide, bien qu’imparfaite.
La deuxième chose surprenante à propos de cette défaite imminente est qu’il ne semble pas avoir accordé la moindre importance à la seule raison évidente de reprendre les combats en 2026 : la rébellion du peuple iranien contre ses oppresseurs brutaux. Trump n’a jamais donné le moindre signe qu’il se souciait de la démocratie ou des droits humains en Iran. Il a promis au peuple iranien que « de l’aide arrivait » le 13 janvier, mais les opérations militaires n’ont commencé qu’après des milliers de morts et une fois que la rébellion avait déjà été pratiquement écrasée. Pendant les opérations militaires, Trump a clairement indiqué qu’il cherchait à conclure un accord avec le régime en place. Il n’a fait aucun effort pour soutenir ou collaborer avec les dissidents iraniens avant, pendant ou après le soulèvement.
La troisième chose surprenante concernant la défaite imminente de Trump est que lui-même semble n’avoir jamais vraiment compris pourquoi il était retourné en guerre contre l’Iran. Qu’espérait-il exactement accomplir? Il répétait qu’il voulait empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire. Il insistait également sur le fait qu’il l’avait déjà efficacement empêché de le faire en août. Il semblait réellement croire cette affirmation. Si c’était le cas, pourquoi reprendre les combats? Si, en revanche, ces paroles étaient fausses, alors pourquoi ne pas simplement frapper à nouveau les sites nucléaires? Pourquoi lancer une guerre plus vaste?
Trump a déclenché la guerre du 28 février pour des raisons de personnalité, non de stratégie. Et il est en train de la perdre pour les mêmes raisons de personnalité.
Trump est arrogant. Pensez à la fréquence avec laquelle il ridiculise ses prédécesseurs comme étant « stupides » et se décrit lui-même comme « intelligent ». Ces prédécesseurs, de Jimmy Carter à Ronald Reagan jusqu’à Joe Biden, ont tous dû envisager des réponses militaires au terrorisme et à l’agression iranienne. Ils ont tous finalement décidé de ne pas lancer une guerre majeure contre le territoire national iranien. Parmi les principaux facteurs de dissuasion figurait la question du détroit d’Ormuz. Trump semble avoir décidé qu’un problème trop difficile pour tout le monde disparaîtrait comme par magie pour lui, simplement parce qu’il est dur et prend un air menaçant sur ses photos officielles.
Trump est téméraire. Trump n’est pas quelqu’un qui planifie à l’avance. Il se lance dans des aventures désespérées sans objectif final clair. Quel était réellement son plan le 6 janvier 2021? Après que Mike Pence eut été saisi par les émeutiers et forcé, sous la menace d’une arme, à prononcer les mots magiques que Trump voulait entendre, que devait-il se passer ensuite? Les 81 millions d’Américains ayant voté contre Trump en 2020 étaient censés se soumettre? L’armée, la CIA et le FBI allaient obéir à des ordres manifestement illégaux? En 2021, Trump a provoqué la violence en espérant que tout finirait par s’arranger. Il a suivi la même approche en 2026.
Trump déteste les procédures. Une grande partie de l’appareil de la présidence moderne existe pour forcer la confrontation avec des réalités dérangeantes. Les membres du cabinet sont confirmés par le Sénat afin de rassurer le pays sur le fait que des postes importants sont occupés par des personnes compétentes et intègres. Le Conseil de sécurité nationale est censé analyser les données difficiles afin que le président reçoive l’information nécessaire.
Mais pour diriger le département de la Défense, Trump a nommé — et le Sénat a approuvé — Pete Hegseth. Au lieu de choisir un conseiller à la sécurité nationale pour remplacer Mike Waltz après sa démission du 1er mai 2025, Trump a demandé au secrétaire d’État Marco Rubio d’assumer aussi ce rôle. Mais cumuler cette fonction particulière revient à faire en sorte qu’elle ne soit pas réellement remplie, d’autant plus que Trump a réduit les effectifs du Conseil de sécurité nationale et l’a soumis à des tests de loyauté exigés par ses partisans les plus excentriques.
Trump est pris de panique facilement. Malgré ses fanfaronnades et sa vantardise, Trump ne supporte pas la pression. Les présidents qui croient en leurs décisions traversent les mauvais sondages sans changer de cap. Trump panique et fait marche arrière. Depuis la mi-mars, il envoie des signaux indiquant qu’il veut mettre fin à la guerre contre l’Iran à presque n’importe quel prix. Les Iraniens ont perçu ces signaux. Malgré tous les dégâts infligés par l’armée américaine à l’Iran, les Iraniens semblent avoir parié qu’ils pourraient tenir plus longtemps que Trump. Ils avaient raison.
Trump est crédule. Comme l’a observé son actuel secrétaire d’État dès 2016, Trump est fondamentalement un escroc. Mais c’est souvent un escroc autodestructeur qui devient victime de sa propre supercherie. Trump exigeait une « reddition inconditionnelle » de l’Iran. À la place, il négocie une sortie qui concède l’essentiel des demandes iraniennes et laisse l’Iran dans une position plus dominante sur le trafic pétrolier du golfe Persique qu’avant la guerre. Pourtant, Trump semble sincèrement convaincu qu’il a remporté une immense victoire, et il paraît réellement perplexe devant le refus des autres d’adhérer à son illusion.
Trump ne sait pas diriger. Sa méthode de gouvernance repose sur le commandement. Il ne peut pas travailler au-delà des lignes partisanes et il est incapable de parler à une autre partie de la nation américaine que sa base MAGA. Or un chef de guerre doit être un dirigeant national. Une guerre impose des sacrifices coûteux. Les dirigeants qui mènent un pays à la guerre doivent expliquer ces coûts et inspirer ces sacrifices. Trump est tout simplement incapable d’accomplir ce travail et n’a aucune idée de la manière dont cela pourrait être fait.
Durant trois ans lors de son premier mandat, Trump a bénéficié de la forte économie qu’il avait héritée. Puis la pandémie est arrivée, et son premier réflexe a été de chercher un responsable à blâmer.
Dans ce second mandat présidentiel, son activité principale a été un enrichissement personnel spectaculaire, alors même que l’économie s’est affaiblie sous le poids de ses désastreuses guerres commerciales. Il n’a jamais présenté au public d’argumentaire justifiant une guerre contre l’Iran et n’a jamais cherché l’approbation du Congrès. Il existe pourtant certains partisans d’une ligne dure envers l’Iran du côté démocrate, particulièrement au Sénat. Trump n’a jamais tenté de s’allier à eux.
La vision de Trump de la présidence est autoritaire et kleptocratique : donner des ordres, accumuler de l’argent, se complaire dans la flatterie, ériger des monuments à sa propre gloire. Ce n’est pas ainsi qu’on guide une nation à travers les dangers et les difficultés d’une guerre.
Maintenant, la guerre se termine selon des conditions défavorables aux États-Unis. Les anciennes méthodes de Trump seront réutilisées pour une nouvelle mission : tenter de convaincre les Américains et le monde que la guerre qu’il a perdue était en réalité une immense victoire — la plus grande de toutes, si énorme qu’on ne peut même pas l’imaginer.
Il risque de découvrir qu’en effet, personne ne le croit.
Texte de David Frum, journaliste à The Atlantic et auteur du podcats hebdomadaire The David Frum Show. Il est l’auteur de dix ouvrages, dont les plus récents sont Trumpocracy (2018) et Trumpocalypse (2020). En 2001 et 2002, il a été rédacteur de discours pour le président George W. Bush. De 2014 à 2017, il a présidé Policy Exchange, un important think tank britannique de centre-droit.
Publié dans The Atlantic.

