Contre Abir Moussi , le choix des mauvaises armes

A-t’on idée du mal que l’on fait à une fille à peine sortie de l’enfance en la privant, sauf en trois occasions, de voir sa mère, arbitrairement détenue depuis plus de trois ans, autrement qu’à travers le grillage ou la vitre du parloir d’une maison d’arrêt?

Faute de lui permettre, pendant quelques instants, de la serrer dans ses bras, l’embrasser, se blottir contre elle, la distance physique, pourtant infime, qui sépare alors la frêle lycéenne de la fière séquestrée de Bulla Regia a ceci de cruel qu’elle confine au désert où les êtres chers apparaissent insupportablement lointains, tels des mirages. L’affliction encourue par l’une étant naturellement ressentie dans la même douleur par l’autre, il est bien certain qu’avec la volonté d’atteindre la mère dans le fondement charnel de ses sentiments on n’a pas épargné la fille dans les siens.

Ma plume, si réticente à décrire la haine quand elle s’empare des âmes, se rend à l’évidence explicative d’une aversion qui se nourrit de la jouissance quand cette notion suspecte suffit à définir le pouvoir, à en représenter toute la substance. Aussi, rien ne pourra masquer, cette fois, la non exécution par l’administration pénitentiaire de la décision judiciaire autorisant la visite rapprochée et sans obstacles prévue pour le 20, puis fallacieusement renvoyée au 27 de ce mois, encore moins au motif prêté à Abir Moussi d’avoir été condamnée pour un acte de terrorisme ou d’atteinte à la sécurité de l’Etat. Piètre sens des responsabilités que celui d’invoquer le terrorisme à l’usage duquel dans tous les propos on habitue les gens. Pure chimère est de croire possible de faire plier cette adversaire politique, cette école de civisme, qui ne s’est jamais parjurée, n’a jamais menti et dont l’exemple et la parole rassemblent toujours de plus en plus indéfectiblement les tunisiens.

Abdessalem Larif