En Occident, certains rêvent déjà d’un avenir radieux si Netanyahu tombe. Comme si le problème tenait à un seul homme. Comme si, derrière lui, tout un système de domination, d’apartheid et de dépossession attendait sagement de retrouver une âme.
À croire que certains commentateurs occidentaux ont développé une forme rare de cécité politique : ils voient parfaitement le bourreau, mais s’obstinent à croire que tout se résume à la personnalité de celui qui tient le couteau.
Car voilà le miracle qu’on nous promet : Netanyahu disparaîtrait, et Israël retrouverait soudain le chemin de la vertu. Les bombes se feraient plus délicates, l’occupation plus humaine, l’apartheid plus fréquentable. Les Palestiniens pourraient peut-être même espérer retrouver leurs droits, à condition, naturellement, de ne pas trop déranger le nouvel ordre moral.
Mais les déclarations de responsables politiques, les sondages, les images diffusées par certains soldats racontent une réalité autrement plus sinistre. Netanyahu n’est peut-être pas toute la maladie. Il en est le visage le plus commode.
Le sionisme libéral préfère croire au miracle de l’alternance : un nouveau Premier ministre, un sourire plus présentable, quelques discours policés… et le sang disparaîtrait des murs. Hollywood pourrait reprendre le tournage, les chancelleries retrouver leur bonne conscience et les Palestiniens leurs tombeaux.
Or, changer le visage au sommet ne suffit pas lorsque la machine survit à tous les hommes. Les opposants à Netanyahu ne sont pas automatiquement les défenseurs d’un État palestinien souverain, de la fin de l’occupation ou de l’égalité des droits. Le véritable test n’est pas le nom du prochain dirigeant, mais ce qu’il fera du système qui l’a porté au pouvoir.
Netanyahu peut partir. La machine, elle, peut continuer à broyer.
Tant que les armes arriveront, que la colonisation se poursuivra et que les violations du droit international resteront sans conséquences, les indignations occidentales ne seront que des fleurs déposées sur une tombe que personne ne veut fermer.
Il faut des actes : sanctions, boycotts, désinvestissement et embargo sur les armes. Car un État ne renonce pas à ses pratiques parce qu’on lui demande poliment de devenir vertueux, mais lorsque le prix de l’impunité devient trop élevé.
Au fond, l’illusion libérale consiste à croire qu’en changeant le bourreau, on sauvera les victimes.
Netanyahu peut dégager. Son successeur pourra sourire. Mais si les bombes continuent de tomber, ce ne sera pas un changement de régime : seulement un changement de décor.
Une nouvelle couverture pour le même cercueil. Et toujours les mêmes morts dessous.
Tarak Amira

