Après le samedi 17 octobre très agité pour l’exécutif, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ont présenté, mardi, devant l’Assemblée, des mesures en vue de la mobilisation de samedi. Dispositif policier « massif », militaires Sentinelle ou encore interdiction des manifestations « pas déclarées »… Voici ce qu’il faut retenir.
« Le retour à l’ordre est le préalable de tout », a campé le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, lors d’une séance houleuse mardi 20 octobre, à l’Assemblée nationale. Après un weekend de violences et une nuit de « calme », l’exécutif – qui a jusqu’à présent placé sa réponse essentiellement sur le volet sécuritaire – tente toujours de reprendre la main. Mercredi, il recevra les syndicats puis les partis, jeudi.
• Un dispositif policier « massif » pour le 24 octobre
Le dispositif policier pour les nouvelles manifestations prévues samedi « sera massif », a annoncé, mardi, Sébastien Lecornu devant l’Assemblée nationale. Il a reconnu que le dispositif du 17 octobre – journée de mobilisations contre la vie chère marquée par de nombreuses violences et pillages dans plusieurs villes en France – a été « trop statique et pas assez mobile ».
« Le ministre de l’Intérieur a déjà donné des instructions aux préfectures. Le dispositif de samedi prochain sera massif », a déclaré le Premier ministre en réponse au président du groupe MoDem, Marc Fesneau.
« Nous allons évidemment monter en gamme dans le dispositif pour le 24 octobre où la doctrine (…) sera revue en termes de moyens, en volume bien sûr, en termes de forces engagées et en termes de réactivité, de mobilité, pour aller percuter, impacter ces groupes qui dispersent les forces de l’ordre de manière (…) extrêmement planifiée », a ajouté le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, répondant à une question de la députée du Rassemblement National (RN), Laure Lavalette.
• Interdiction possible des « manifestations pas déclarées » et déploiement de militaires Sentinelle « sur des missions de sécurisation statique »
Répondant à un député lors des questions au gouvernement, le ministre de l’Intérieur a affirmé « travailler » sur « trois types de mesures » en vue de la prochaine mobilisation dans les rues françaises.
« La première, c’est de réfléchir à la possibilité d’interdire des manifestations qui ne seraient pas déclarées, bien évidemment pour ce samedi 24 octobre, et qui seraient porteuses de troubles à l’ordre public, voire même d’interdire des manifestations qui seraient déclarées et dont l’organisateur ou le service d’ordre ne nous laisserait pas à penser que la manifestation ne va pas déraper », a détaillé Laurent Nuñez.
Le locataire de la place Beauvau a aussi annoncé que l’État allait recourir aux militaires samedi prochain. « Nous déploierons les forces Sentinelle en substitution des forces de sécurité intérieure, principalement sur des missions de sécurisation statique, pour dégager des policiers et des gendarmes et assurer des missions de maintien de l’ordre », a expliqué Laurent Nuñez.
Enfin, le ministre de l’Intérieur a annoncé « renforcer le volume d’effectifs disponibles, et renforcer les unités déployées – comme cela avait été fait en juillet 2023 (lors des émeutes consécutives à la mort du jeune Nahel Merzouk, NDLR) – en mobilisant la BRI, le GIGN, les hélicos, les Centaure, les engins lanceurs d’eau ».
• « Renseignement politique » et « huile sur le feu » : passe d’armes entre les Insoumis et le ministre de l’Intérieur
Les questions au gouvernement de ce mardi ont aussi été l’occasion d’une passe d’armes devant la représentation nationale entre les députés de La France insoumise (LFI) et Laurent Nuñez.
Le gouvernement a-t-il cherché à faire de LFI le bouc émissaire du « fiasco » de ce week-end ? Selon Mediapart, le ministre de l’Intérieur a donné des consignes en ce sens à ses services – ce qu’il dément. Les Insoumis, ciblés aussi par la droite et l’extrême-droite, y voient un « scandale d’État » et veulent poursuivre Laurent Nuñez devant la Cour de justice de la République.
« Qu’on en vienne à manipuler le travail des renseignements territoriaux pour essayer de cibler la France insoumise, c’est absolument inacceptable », a notamment dénoncé, mardi matin, le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. « Fabriquer des faux documents (…) faire ce qu’on appelle de l’abus d’autorité (…), ce sont des délits », a-t-il encore accusé.
Mardi après-midi, le ministre de l’Intérieur a reproché aux Insoumis d’avoir « jeté de l’huile sur le feu » en l’accusant « de manipuler les services de renseignement pour les diriger contre La France insoumise ». « C’est faux, monsieur le député, les services de renseignement dans ce pays ne travaillent pas sur les partis politiques », a lancé Laurent Nuñez au coordinateur de LFI, Manuel Bompard, lors de la séance des questions au gouvernement.
« Jamais il n’a été demandé, comme vous m’avez accusé de l’avoir fait ce matin sur France Info, d’écrire sur La France insoumise (…) C’est votre diversion. Vous avez jeté de l’huile sur le feu, il y a eu de graves incidents et vous avez une part de responsabilité (…) Le trait d’union entre la France insoumise et certains groupuscules, il est réel », a poursuivi le ministre de l’Intérieur à l’Assemblée nationale.
Avec France24 et AFP

