Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a annoncé que l’armée israélienne allait lancer des opérations de grande envergure, incluant des déplacements d’habitants palestiniens, en Cisjordanie occupée où une attaque armée a fait deux morts, ce vendredi 23 octobre, à quatre jours des élections législatives en Israël.
Deux soldats israéliens ont été tués dans une attaque menée dans le sud de la Cisjordanie occupée, ce vendredi 23 octobre par deux assaillants armés, a annoncé l’armée. Un premier bilan faisait état de cinq blessés dont deux graves.
« Deux soldats ont été tués au combat vendredi au carrefour de Judée », a écrit l’armée d’occupation dans un communiqué, donnant l’identité des deux militaires, le sergent-chef Ron Yonatan Roytman, 23 ans et le sergent Youval Shay Svilem, 20 ans ( photos ci dessus ) . Les trois autres soldats ont été légèrement blessés, selon l’armée.
En réponse, Benjamin Netanyahu a ordonné un « bouclage immédiat » de la ville d’Hébron, et a annoncé que l’armée israélienne allait lancer des opérations de grande envergure, incluant des déplacements d’habitants palestiniens.
Dans un premier temps, dans le quartier dont sont originaires les deux assaillants, qui ont été abattus, « nous allons évacuer des habitants et aller de maison en maison », a déclaré le Premier ministre israélien lors d’un déplacement à Hébron. Selon la chaîne américaine CNN, des démolitions de bâtiment sur la zone ont déjà commencé.
Avec son ministre de la Défense, Israël Katz, ils ont comparé les opérations à venir à celles qui se sont déroulées dans des camps de réfugiés dans le nord de la Cisjordanie, comme à Jénine et Tulkarem. Les forces israéliennes y ont procédé au déplacement de plus de 30 000 personnes et mené des opérations militaires dévastatrices, avec déploiement de blindés et même une frappe aérienne fin août à Jénine.
« Le ministre de la Défense et moi-même envisageons une opération de très grande ampleur (en Cisjordanie), comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours » en 1967, a dit le chef du gouvernement israélien.
« Le modèle du camp de réfugiés de Jénine arrive à Hébron. Chaque quartier (…) d’où sont partis aujourd’hui les terroristes sera évacué de ses habitants et les infrastructures terroristes du quartier seront détruites », a déclaré Israël Katz sur X.
Deux assaillants ont ouvert le feu
Vendredi matin, deux assaillants vêtus de noir, l’un à la barbe fournie et équipé d’un fusil d’assaut, l’autre d’un pistolet, ont ouvert le feu sur des militaires à Hébron (sud), avant d’être abattus au cours d’une fusillade nourrie, a rapporté un photographe de l’AFP.
Les faits se sont produits à un point de contrôle de l’armée situé au niveau d’une intersection routière majeure au nord d’Hébron, la plus grande ville de Cisjordanie occupée où les tensions sont particulièrement fortes. La ville est divisée en deux secteurs, l’un contrôlé par les autorités palestiniennes et l’autre, où vivent des colons au sein même de la ville, par l’armée israélienne.
Les deux hommes armés ont ouvert le feu avant d’être abattus par des soldats, a constaté l’AFP, qui a aussi vu les deux corps sans vie des assaillants allongés côte à côte pendant qu’un soldat montait la garde. La fusillade a duré une vingtaine de minutes, selon des médias israéliens. « Suite à une attaque par balles au carrefour de Judée, des soldats ont éliminé les deux terroristes », a dit l’armée israélienne dans un communiqué. Le mot « terroriste » est généralement utilisé par les autorités israéliennes pour désigner des assaillants palestiniens.
Cinq personnes blessées dont deux gravement
Selon les secouristes du Magen David Adom, équivalent israélien de la Croix-Rouge, cinq personnes ont été blessées lors de l’attaque dont deux sont dans un état critique. Trois d’entre eux ont été transportés dans un hôpital de Jérusalem, selon des médias israéliens.
Des images diffusées par les secouristes montraient un corps sans vie, gisant au sol à proximité d’une station-service, tandis que des soldats israéliens patrouillaient.
Pas encore de revendications
L’attaque n’avait pas été revendiquée dans l’immédiat. Dans un communiqué, le Hamas l’a qualifiée d' »opération héroïque ». Benjamin Netanyahu, sans explicitement lui imputer l’attaque, a juré de traquer tous les membres du mouvement islamiste palestinien, « partout et à tout moment ».
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a de son côté appelé en réponse à « démanteler » l’Autorité palestinienne. « Il ne faut pas attendre qu’un 7-Octobre se produise [en Cisjordanie]. C’est là que la prochaine guerre va éclater », a déclaré le ministre qui s’est rendu sur place. « L’Autorité palestinienne doit être démantelée et démilitarisée », a-t-il ajouté.
Depuis l’attaque du Hamas palestinien en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza, les violences ont explosé en Cisjordanie occupée. Au moins 1113 Palestiniens y ont été tués depuis octobre 2023, en majorité par des soldats israéliens, selon un décompte de l’AFP établi à partir de données du ministère palestinien de la Santé. Parmi eux, l’ONU a recensé 37 personnes tuées par des colons.
Selon les chiffres israéliens, au moins 49 Israéliens ont été tués sur la même période, la majorité dans des attaques palestiniennes mais aussi lors d’opérations militaires israéliennes.
Les forces de sécurité en alerte
Depuis l’attaque, les forces de sécurité israéliennes sont en état d’alerte, à l’approche des élections, lors desquelles Benjamin Netanyahu joue sa survie politique. Le Premier ministre et ses alliés d’extrême droite font notamment campagne sur les questions de sécurité, et plusieurs ministres, comme Itamar Ben Gvir, appellent régulièrement à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie.
Le principal rival de Benjamin Netanyahu pour ces élections, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, a salué le « courage des soldats » qui « ont empêché un attentat majeur ».

