Il fut un temps où Emmanuel Macron entrait sur la scène internationale comme un jeune premier persuadé que le monde attendait ses répliques. Il parlait, les caméras tournaient, les chancelleries prenaient des notes. Du moins, c’est ce que racontait la mise en scène.
Aujourd’hui, le décor est toujours là. Les avions présidentiels décollent, les poignées de main s’enchaînent, les discours s’empilent. Mais quelque chose s’est grippé dans la mécanique. À six mois de la fin de son mandat, le président français découvre une vérité cruelle : on peut encore occuper la scène sans que personne ne vous écoute.
Les Américains ont un nom pour ça : le canard boiteux (lame duck). Un dirigeant dont le pouvoir s’évapore avant même que les portes du palais ne se referment. Il lui reste le protocole, les dorures et les photographies officielles. Pour le reste, ses homologues regardent déjà ailleurs.
Et Macron accumule les symptômes.
Il croyait avoir retrouvé un terrain d’entente avec Donald Trump sur l’Ukraine. Mauvais calcul. Le président américain envisage d’acheter massivement du diesel russe, au mépris de quatre années de sanctions contre Moscou. Quatre ans de fermeté occidentale, balayés par un calcul énergétique. À Washington, les principes ont parfois la durée de conservation d’un produit frais. Quant à la fidélité diplomatique, elle ne figure visiblement pas au catalogue.
Autre déconvenue : Mahmoud Abbas. En échange de la reconnaissance française de l’État de Palestine, le dirigeant palestinien avait promis des élections. Elles sont désormais repoussées à l’année prochaine, après le départ annoncé de Macron. Une promesse différée, un calendrier contourné, et un président français qui risque de quitter l’Élysée sans avoir obtenu le résultat politique qu’il espérait.
Dans les chancelleries, on appelle cela de la diplomatie. Ailleurs, on dirait simplement qu’on vous sourit par politesse avant de vous claquer la porte au nez.
Mais le véritable problème de Macron se trouve aussi derrière les frontières françaises.
Plus de 3 000 milliards d’euros de dette, une jeunesse qui descend dans la rue, un tissu social qui se déchire et une impopularité qui s’installe au sommet de l’État : le tableau n’a rien d’un argument de puissance. Un président fragilisé chez lui peut toujours parler très fort à l’étranger. Encore faut-il que quelqu’un juge utile de l’écouter.
Car la diplomatie ressemble parfois à un dîner mondain : tant que vous possédez du pouvoir, tout le monde vous trouve passionnant. Dès que votre départ approche, les conversations se poursuivent sans vous. On vous sourit, on vous raccompagne, puis on passe au sujet suivant.
Macron, lui, refuse de quitter la piste. Golfe, Palestine, approvisionnement énergétique, Ukraine, détroit d’Ormuz, Liban : l’agenda reste chargé. Il multiplie les déplacements comme si l’accumulation des kilomètres pouvait compenser l’érosion de son influence.
Mais l’activisme n’est pas la puissance. Et le mouvement n’est pas nécessairement une preuve d’efficacité.
L’absence d’étape en Arabie saoudite, malgré les enjeux sécuritaires et énergétiques du royaume, ajoute une ombre au tableau. Paris a proposé son aide pour sécuriser un oléoduc stratégique. Riyad n’a pas encore répondu. Même les propositions françaises semblent désormais condamnées à patienter dans une salle d’attente diplomatique.
Voilà donc le paradoxe d’un président qui veut encore peser sur le monde alors que le monde commence à peser sans lui.
Le plus cruel, pour un homme qui a tant investi dans son image internationale, est peut-être de découvrir que le prestige ne se décrète pas et que l’influence ne survit pas toujours à celui qui la met en scène.
À l’Élysée, le canard boiteux continue de battre des ailes. Mais, dans les capitales étrangères, on commence déjà à réserver la place du prochain.
Et c’est sans doute le dernier affront pour Emmanuel Macron : ne pas être renversé, ne pas être chassé, ne pas même être véritablement combattu.
Simplement devenir secondaire.
En politique, il existe des fins de règne sanglantes. D’autres sont plus cruelles encore : elles se déroulent sous les ors des palais, au milieu des sourires officiels, pendant que le téléphone sonne de moins en moins.
Et que personne ne se presse pour répondre.
Tarak Amira

