L’instrumentalisation de la religion par le pouvoir politique en Tunisie ne date pas d’aujourd’hui. Elle plonge ses racines dans une histoire où les luttes pour le pouvoir ont souvent pris le masque de la religion, au détriment de la raison, de la liberté de conscience et de la coexistence des convictions.
L’absence d’une véritable révolution intellectuelle, capable d’affranchir le politique de la tutelle du religieux, constitue l’un des obstacles à l’émancipation de notre société et à son développement.
Le mérite de l’archéologue tunisien Faouzi Mahfoudh, récemment distingué par le prix d’appréciation de l’Union générale des archéologues arabes, est précisément de nous aider à comprendre cette histoire grâce à la rigueur de la science.
Dans son ouvrage La Grande Mosquée de Sfax (Med Ali Éditions, 2024, p. 155), il analyse le martelage de l’inscription commémorant la fondation de la mosquée ziride de Sfax. Il explique comment la volonté politique d’effacer les traces du chiisme, à la suite de la réaction sunnite proclamée par le prince al-Mu‘izz Ibn Badis, a conduit à mutiler cette mémoire épigraphique.
Avec une méthode scientifique rigoureuse, il déchiffre les inscriptions martelées, en reconstitue les éléments effacés et restitue une mémoire que le pouvoir avait voulu faire disparaître.
C’est toute la force de la science : là où le pouvoir cherche à effacer les traces, le chercheur les fait parler.
Hommage à Faouzi Mahfoudh, dont le travail nous rappelle que l’émancipation d’une société passe aussi par la connaissance lucide de son histoire, la libération de la raison et l’affranchissement du politique de l’instrumentalisation du religieux.
Toutes mes félicitations pour cette distinction amplement méritée !
Amin Mahfoudh

