Aucune majorité parlementaire ne se dessine en Israël après le dépouillement de plus de la moitié des suffrages. Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu arrive légèrement en tête, mais ni lui ni son rival Gadi Eisenkot n’obtiennent le nombre de sièges nécessaires à la formation d’une majorité. Ils se sont tous deux dits mercredi prêts à former un gouvernement. Les partis vont désormais se lancer dans des semaines d’intenses tractations pour tenter de former une coalition gouvernementale.
Pas de gagnant, mais deux volontaires pour diriger Israël. Le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, et son rival Gadi Eisenkot, donnés à égalité aux élections législatives mais loin de la majorité, se sont tous deux dits mercredi 28 octobre prêts à former un gouvernement, augurant d’intenses tractations.
Après le dépouillement de plus de la moitié des suffrages, les résultats provisoires donnent Benjamin Netanyahu et ses alliés en tête avec 55 sièges remportés. Le camp de l’opposition mené par Gadi Eisenkot remporterait 49 sièges. Les deux blocs sont loin du nombre de sièges nécessaires (61 sièges sur les 120 que compte le Parlement israélien) pour obtenir une majorité. Ce blocage est en partie dû à la percée historique des partis arabes, qui remportent 16 sièges et seront au cœur des tractations à venir.
Les sondages de sortie des urnes avaient d’abord donné le camp de l’opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot légèrement devant Benjamin Netanyahu, avant de les placer à égalité, avec 51 sièges chacun.
« Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort », a déclaré Benjamin Netanyahu, appelant « la majorité juive et sioniste à se ressaisir et s’unir ». Silencieux depuis la clôture des bureaux de vote à 22 h, il est apparu enjoué sur scène devant ses partisans vers 3 h du matin, poussant même la chansonnette avec eux pendant un discours inhabituellement court.
Mais malgré les résultats serrés, Gadi Eisenkot a vu les premières estimations comme un « désaveu complet » pour Benjamin Netanyahu. « Le peuple a choisi le changement », a-t-il assuré devant ses partisans, promettant de « tout faire pour former un gouvernement ».
Le Premier ministre de 77 ans n’a lui pas eu un mot pour son rival dans son discours. Et il n’a pas revendiqué de victoire, se contentant de souligner que sa formation, le Likoud, restait le premier parti avec 27 sièges estimés (contre 32 précédemment), devant le Yashar de Gadi Eisenkot.
Les Israéliens ont massivement pris part à ce scrutin, le premier depuis le 7-Octobre, avec un taux de participation de 77,7 %, au plus haut depuis 1999.
Poussée spectaculaire des listes arabes israéliennes
L’autre fait marquant de la soirée est la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), qui s’imposent comme de possibles faiseurs de rois avec 17 ou 18 députés attendus.
Le camp de Netanyahu a subi « une défaite majeure », a déclaré le dirigeant de Raam, Mansour Abbas, se disant prêt à travailler avec Gadi Eisenkot.
Mais si le Premier ministre sort ébranlé de ce vote, la situation ressemble pour l’instant à une impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université de Bar-Ilan. « Netanyahu n’a aucun moyen de former un gouvernement » et le bloc de Gadi Eisenkot devra « soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire », deux options jusque-là rejetées par le camp de l’opposition, dit-elle.
« Si Netanyahu a perdu, cela ne signifie pas qu’Eisenkot a gagné », résume encore Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Son ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié de « prématurées » les « célébrations » de l’opposition.
La publication des résultats pourrait durer plusieurs jours
De fait, dans la salle réservée par le Likoud pour la soirée électorale, l’ambiance n’est pas si lugubre. Elie Pieprz, 53 ans, se dit même « très optimiste », et mise sur le vote des quelque 600 000 soldats et réservistes, qui mettent plus de temps à être comptés, pour gonfler le score du parti.
Les partis vont désormais se lancer dans des semaines d’intenses tractations pour tenter de former une coalition gouvernementale. Et en cas d’échec, comme cela est arrivé plusieurs fois dans l’histoire d’Israël, il faudra retourner aux urnes.
« Pour former un gouvernement, il faudra briser les règles et les normes établies, en forgeant des alliances inédites », souligne Yaheli Lifshitz, un étudiant venu célébrer la performance de Gadi Eisenkot au siège de son parti à Tel-Aviv, où les estimations ont été accueillies aux cris de « Bibi (surnom de Netanyahu) rentre chez toi ! ». Cela veut dire « soit faire venir quelqu’un » de l’actuelle coalition gouvernementale, soit « travailler avec les partis arabes », dit-il.
La Commission électorale va commencer à publier progressivement les résultats officiels dans la nuit de mardi à mercredi, un processus qui pourrait durer plusieurs jours.
Le tableau indécis qui se dessine pour l’instant est l’image de la polarisation du pays, qui s’est renforcée depuis les attaques du 7 octobre 2023 dont l’ombre a plané sur le scrutin.
Critiques internationales
« Je veux du changement », a affirmé Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans, en votant à Oum al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord. « Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement ».
C’est d’ailleurs sur cette minorité que Benjamin Netanyahu a concentré ses attaques pendant sa campagne, en accusant mardi le parti Raam de vouloir « voler l’élection », après l’arrestation de trois hommes avec des enveloppes remplies d’argent liquide.
Les autorités électorales ont évoqué un « cas isolé », et Gadi Eisenkot l’a accusé de « préparer le terrain » à une possible contestation des résultats.
Avec AFP et Fance24

