Le camp de Benjamin Netanyahu a multiplié jeudi ses attaques à l’encontre des partis arabes israéliens, en passe d’obtenir un nombre élevé de sièges à la Knesset après les élections législatives de mardi. Il les accuse d’avoir reçu des fonds de l’étranger. Le président Isaac Herzog a appelé de son côté à ne pas stigmatiser tout le vote arabe israélien.
« On a volé les élections en Israël ! », a lancé mercredi 28 octobre le parti de Benjamin Netanyahu, le Likoud, dans un communiqué republié sur X par le Premier ministre.
Après le dépouillement de plus de 90 % des voix, les deux principales formations politiques majoritairement arabes israéliennes, Raam et la Liste unifiée, sont créditées d’un nombre inédit de 19 sièges, grâce à la mobilisation sans précédent de la minorité arabe contre le gouvernement sortant de Benjamin Netanyahu, le plus à droite de l’histoire d’Israël.
Le communiqué du Likoud présente l’affaire comme un « attentat contre la démocratie » visant à « islamiser Israël et faire chuter le gouvernement de droite afin de provoquer un retrait et une défaite de Tsahal (l’armée israélienne) sur tous les fronts, en premier lieu l’Iran ».
De son côté, le président israélien Isaac Herzog a appelé jeudi à ne pas stigmatiser tout le vote arabe israélien, alors que le camp de Netanyahu et ses alliés accusent les partis de cette minorité de fraude électorale par le biais des financements étrangers.
« Les éléments de soupçons doivent faire l’objet d’une enquête » mais « nous devons éviter de jeter le discrédit sur toute une communauté qui a exercé son droit de vote », a-t-il déclaré dans un communiqué. Les partis arabes sont crédités d’un nombre de sièges inédit à l’issue des législatives.
Le Shin Beth sollicité
Mercredi soir, le chef de la Commission électorale, Noam Sohlberg, a adressé une lettre aux services du renseignement intérieur (Shin Bet) pour demander l’ouverture d’une enquête sur des soupçons portant sur un éventuel soutien financier qu’auraient reçu des partis de la part de pays étrangers.
Il n’a pas précisé quels partis étaient soupçonnés ni sur quels éléments il s’appuyait, mais a néanmoins demandé une enquête afin de « trouver les preuves étayant ces soupçons ou de les réfuter ».
Si la lettre ne mentionne pas de pays, plusieurs responsables et médias israéliens ont évoqué le Qatar, voire la Turquie, deux pays présentés en Israël comme les incarnations d’un islam politique hostile.
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, pilier d’extrême droite du gouvernement sortant, a lui appelé à arrêter sans délai les chefs des partis arabes « soupçonnés d’avoir reçu de l’argent du Qatar ».
L’émirat du Golfe est souvent utilisé comme repoussoir par la classe politique israélienne, et l’opposition a d’ailleurs consacré une grande partie de sa campagne à accuser Benjamin Netanyahu et son entourage de liens avec cet État gazier, soutien financier clé du Hamas et hôte de la direction politique du mouvement islamiste palestinien pendant des années.
Les partis arabes n’ont pas réagi dans l’immédiat à ces nouvelles accusations.
Le jour même du scrutin, Benjamin Netanyahu avait accusé le Raam de Mansour Abbas de tenter de « voler les élections » après l’arrestation de trois hommes munis d’enveloppes remplies d’argent à proximité d’un bureau de vote. Les autorités électorales avaient écarté toute idée de fraude massive.
Dans son communiqué jeudi, le Likoud estime qu’il est désormais « clair qu’aucun parti sioniste ne peut être autorisé à coopérer avec Raam ou la Liste unifiée », car cela mettrait « Israël en danger ».
Une alliance entre les partis arabes et le principal bloc de l’opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot leur permettrait mathématiquement de prendre le contrôle du Parlement.
Eisenkot met en garde contre toute « instrumentalisation de la situation »
Alors que le dépouillement touche à sa fin, la coalition de Benjamin Netanyahu fait la course en tête avec 53 sièges projetés devant les 48 sièges estimés pour Gadi Eisenkot et ses alliés, sans qu’aucun des deux camps ne puisse atteindre la majorité à la Knesset, qui compte 120 sièges.
Avec un nombre de députés estimé à 19, les partis arabes sont donc en mesure de faire pencher la balance en faveur de l’opposition, qui s’est jusque-là montrée réticente à envisager ouvertement une telle alliance. Notamment à cause des attaques de Benjamin Netanyahu, qui a inlassablement dépeint les candidats arabes comme des ennemis de l’intérieur pendant la campagne.
Réagissant aux dernières accusations, le chef de la gauche Yaïr Golan, seul membre du bloc Eisenkot à envisager un partenariat avec les partis arabes, a accusé le camp du Premier ministre de mener une « campagne nauséabonde visant à délégitimer la volonté du public, et du public arabe en particulier ».
Gadi Eisenkot, pour sa part, a déclaré que les autorités avaient le devoir d’enquêter « sur chaque plainte », mais mis en garde contre toute « instrumentalisation de la situation » pour retarder la validation des résultats et la prise de fonction du nouveau Parlement.
Avec agences

