Kaylia Nemour : le triomphe de l’hypocrisie et de la schizophrénie algérienne

L’engouement des Algériens pour la gymnaste Kaylia Nemour, dont les succès se succèdent depuis les Jeux Olympiques de Paris, confine au paradoxe absolu. Née en France, façonnée par l’école sportive française et de mère française, l’athlète est aujourd’hui récupérée par un nationalisme exacerbé qui s’en prend pourtant, matin et soir, à tout ce qui émane de l’ancienne puissance coloniale. Ce pillage sans pudeur du mérite d’autrui met à nu une profonde hypocrisie algérienne. La francophobie du régime algérien et le conservatisme moralisateur de la société algérienne, si prompt à s’offusquer, s’effacent magiquement devant l’éclat des médailles.

Car si Kaylia Nemour avait grandi en Algérie, elle n’aurait probablement même jamais pratiqué ce sport, une telle discipline artistique et athlétique étant profondément étrangère aux mœurs locales. Et à supposer qu’elle ait essayé, elle aurait été instantanément bannie des gymnases par les siens et par la vindicte populaire, le justaucorps étant perçu comme un outrage intolérable aux valeurs arabo-islamiques. En fin de compte, cette fierté par procuration ne fait que souligner une impuissance chronique, celle d’un pays qui rejette la modernité occidentale incarnée par l’ancien colonisateur tout en se nourrissant goulûment de ses fruits.

Kaylia Nemour, ou le triomphe de l’hypocrisie et de la schizophrénie algérienne.

Pierrot LeFou