Ben Gvir parle , Barrot condamne , Gaza meurt

Une nouvelle sortie indécente.
Une nouvelle salve d’indignation.
Et, comme toujours, cette étrange chorégraphie politique où les mots courent beaucoup plus vite que les actes.

Ce mercredi 19 août, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, aussi raide qu’un santon de crèche, a jugé « insupportables et inhumains » les propos d’Itamar Ben Gvir, ministre sioniste d’extrême droite chargé de la Sécurité nationale.

Ben Gvir, lui, n’a pas vraiment choisi la dentelle. Il a appelé à des « éliminations ciblées » chaque nuit à Gaza, suggérant d’en tuer « 30 ou 40 » et expliquant que certains individus « ne devraient pas être en vie ». Une conception de l’humanité qui commence visiblement par la suppression de ses membres les plus encombrants.

Interrogé par La Montagne, Jean-Noël Barrot a également dénoncé une situation en Cisjordanie « proprement indigne » qui devrait, selon lui, « tous nous révulser ». Il a rappelé que la France avait sanctionné Ben Gvir, dont les propos récents seraient donc, officiellement, « insupportables et inhumains ».

Très bien.
Et après ?

Parce qu’il existe un moment où l’indignation cesse d’être une politique étrangère pour devenir simplement une posture morale. On condamne. On sanctionne. On s’indigne. On convoque les adjectifs — « indigne », « insupportable », « inhumain » — comme si le dictionnaire pouvait, à lui seul, arrêter une guerre.

Mais derrière les mots, il reste Gaza. Il reste la Cisjordanie. Il reste le Liban. Il reste les morts.

Alors, Monsieur le Ministre, une question toute simple : après les paroles, on fait quoi ?

Parce que condamner, c’est à la portée de tout le monde. Même des diplomates les plus aguerris : il suffit d’une voix grave, de quelques mots soigneusement repassés et d’un communiqué. Le plus difficile, visiblement, reste toujours de faire quelque chose après.

Le problème, c’est qu’à force de condamner sans jamais agir, l’indignation finit par avoir quelque chose de grotesque. Elle ressemble à une sirène d’alarme qui hurle au milieu d’une maison déjà dévorée par les flammes : le vacarme est assourdissant, la conscience du danger, irréprochable… mais curieusement, personne ne songe à prendre un seau.

À croire que, dans certaines maisons, on préfère encore commenter l’incendie plutôt que risquer de se mouiller les mains.

Je ne fais pas une fixette sur Barrot. Certains de ses collègues européens se sont eux aussi fendus de leur petite dose d’« indignation », cette monnaie diplomatique que l’on distribue généreusement quand on n’a surtout pas l’intention de payer la facture.

Je pourrais, bien sûr, tourner mon regard vers les États arabes signataires des accords d’Abraham. Mais à quoi bon ? Je pourrais leur adresser quelques mots, lancer quelques vérités dans leur direction… Elles viendraient simplement s’écraser contre ce mur épais où l’on enterre les scrupules : le silence.

Un silence poli. Diplomatique. Complice.

Le genre de silence qui ne fait aucun bruit, mais qui, curieusement, semble toujours savoir de quel côté se trouve le confort.

Tarak Amira