Les 500

Ils sont environ cinq cents.

Cinq cents noms belges dispersés sur une terre qui ne leur appartient pas.
Cinq cents silhouettes posées sur une ligne de fracture du monde.

La colonisation des territoires palestiniens n’est pas une opinion.
C’est un crime de guerre.

Noir sur blanc. Gravé dans le droit international comme une cicatrice qui ne se referme jamais.

L’article 49 de la Quatrième Convention de Genève interdit le transfert de population civile dans un territoire occupé.

Le Statut de Rome le confirme.

La Cour internationale de Justice l’a rappelé en 2024, sans détour : la colonisation viole gravement le droit humanitaire. Pas symboliquement. Pas moralement. Juridiquement.

En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, plus de 700 000 colons israéliens vivent aujourd’hui sur des terres confisquées. Chaque maison est une balafre.

Chaque route, une suture mal faite. Chaque implantation découpe un peu plus le territoire palestinien en morceaux disjoints, étouffés.

La colonisation n’est pas une conséquence du conflit : elle en est le cœur battant, l’obstacle central, la machine qui broie toute perspective de paix.

À Gaza, la majorité de la population descend de cette dépossession initiale. Une mémoire de l’exil devenue héréditaire.

Plusieurs pays ont condamné le plan israélien de colonisation en Cisjordanie.
Le mot est lâché : inacceptable.

Mais pendant que les communiqués s’empilent, les colonies s’étendent. À bas bruit. Méthodiquement. Sous couvert de patrimoine archéologique, parfois au nom de la sécurité. Toujours au détriment du droit.

Et la Belgique, dans tout ça ?

La Belgique punit les crimes de guerre. Meurtres. Tortures. Déportations. Attaques contre des civils. Le Code pénal est précis. Impitoyable.

Sauf sur un point.

Rien, aujourd’hui, ne permet de poursuivre un citoyen belge qui s’installe volontairement dans une colonie, achète un logement bâti sur une terre confisquée, ou tire profit d’une activité économique implantée sur un territoire occupé.

Rien.

Un silence juridique. Une faille béante.

Ces citoyens participent pourtant directement à un crime de guerre. Sans colons, il n’y a pas de colonisation. Sans présence civile, l’occupation resterait militaire. La colonisation, elle, transforme l’illégalité en quotidien.

La réponse politique est dérisoire.

Le ministre des Affaires étrangères annonce que les colons belges ne pourront plus solliciter l’assistance consulaire, sauf en cas d’urgence. Une sanction de papier. Une tape sur les doigts. Pendant ce temps, ils rentrent en Belgique, passent les frontières, reprennent leur vie. Aucun interrogatoire. Aucun juge. Aucune conséquence.

Ce décalage n’est pas nouveau.

Dans les années 1990, des Belges partaient exploiter sexuellement des enfants en Thaïlande sans craindre la justice. La loi a fini par changer.

Plus tard, d’autres ont rejoint Daesh. Tant qu’ils ne commettaient pas eux-mêmes d’attentat, ils échappaient aux poursuites. Là encore, le législateur a dû agir.

À chaque fois, la Belgique a comblé ses angles morts.

Pourquoi pas aujourd’hui ?

Car ce qui se joue en Cisjordanie n’est pas abstrait. C’est un processus d’annexion lent, patient, méthodique. Une prise de territoire qui avance sous couvert d’anciennes pierres et de récits millénaires, pendant que le droit international regarde, impuissant, ses propres textes piétinés.

Il faut changer la loi.

Modifier le Code pénal pour permettre de poursuivre tout citoyen belge qui s’installe, acquiert un bien ou mène une activité économique dans une colonie.

Ce n’est pas une posture idéologique. C’est une obligation.

La Belgique a ratifié les Conventions de Genève ainsi que le Statut de Rome.

Elle a le devoir non seulement de respecter le droit humanitaire, mais de le faire respecter. Fermer les yeux sur la participation de ses propres citoyens à la colonisation, c’est trahir cette responsabilité.

La réalité ne se cache plus dans les marges : elle est consignée, chiffrée, froide.

Cinq cents ressortissants belges vivent aujourd’hui dans les colonies de Cisjordanie, tandis que, dans l’ombre, des avant-postes illégaux avancent centimètre par centimètre, rongeant la terre palestinienne occupée, au mépris du droit international.

En première ligne, des jeunes colons sionistes religieux. Regard dur, certitude en bandoulière. Soutenus, armés, financés par l’État hébreu, ils exercent une pression continue sur les familles palestiniennes voisines — harcèlement, menaces, morts parfois — jusqu’à ce que les maisons se vident. Jusqu’à ce que les silences remplacent les départs.

Et pendant que les ONG hurlent au génocide et que l’ONU rédige des rapports aux accents funèbres sur la bande de Gaza, une autre vérité circule, plus feutrée, presque administrative : plusieurs centaines de citoyens belges ont enfilé l’uniforme de Tsahal.

Des passeports frappés du lion noir glissés dans des poches de treillis. Des vies européennes branchées sur une guerre antique.

Double nationalité, double allégeance, double silence.

À Bruxelles, le parquet observe. Il ne tonne pas. Il note. Il classe. Il avertit d’une voix blanche : des enquêtes pourraient être ouvertes. Formule anodine.

Mais derrière ces mots, il y a des dossiers qui s’empilent, des noms qui remontent, des photos en uniforme qui circulent dans les tréfonds numériques. Et cette question, lourde comme une enclume : quand la guerre des autres devient-elle belge ?

Le fracas est à Gaza.

L’onde de choc, elle, traverse les frontières.

Changer la loi, c’est tracer une ligne.

Dire clairement que la Belgique ne tolère pas que ses citoyens participent à des crimes de guerre.

C’est inscrire dans le Code pénal une vérité que le droit international martèle depuis des décennies.

Tant que la loi reste muette, l’impunité parle.

Et tant que l’impunité règne, la paix reste hors de portée.

Pour rappel : au total, ils sont 6 464.

6 464 Français happés par une autre guerre, avalés par une autre bannière.

Pas des ombres. Des noms. Des vies.

Et au bout du compte, un chiffre sec — presque obscène — lâché par Declassified UK comme une autopsie sans corps :

6 464 Français enrôlés dans l’armée israélienne alors que certains parlent d’importation du conflit en France. Comme si la haine voyageait en valise diplomatique, tamponnée aux frontières. Comme si le conflit israélo-palestinien n’était pas déjà là, diffus, infiltré dans les regards, dans les silences, dans cette tension sourde qui suinte entre les mots — bien avant qu’on ne l’accuse d’avoir traversé la mer.

Macron refuse de les condamner…

Il a refermé le dossier d’un geste sec, comme on claque une porte sur une cave trop pleine de cadavres. L’idée de voir des soldats franco-israéliens répondre de leurs actes à Gaza ?

Évacuée sans procès, sans enquête, sans même un frisson d’hésitation. Puis le président a sorti l’armure rhétorique des temps de crise : ceux qui interrogent l’engagement de Français aux côtés d’Israël seraient, en filigrane, des accusateurs des « compatriotes juifs ». Une confusion commode, un brouillard moral où les responsabilités individuelles se dissolvent dans l’identité collective. Au nom d’un « combat universaliste » contre l’antisémitisme, les questions sont restées sur le seuil, condamnées à frapper à une porte qui ne s’ouvrira pas.

Pendant ce temps, Israël — cette « démocratie » qu’on exhibe comme une preuve d’innocence — avance dans une nuit épaisse, drapée de légalité, les mains lavées au discours… et les ongles encore striés de sang ancien.

Depuis 2020, les tribunaux ne jugent plus vraiment. Ils archivent. Ils enterrent. Ils empilent les morts sous des dossiers muets. Pas une seule condamnation à la prison ferme. Pas une. Comme si la mort de certains ne pesait rien, comme si la justice avait appris à détourner les yeux sans même ciller.

Le silence est devenu verdict. L’inaction, doctrine.

Alors les crimes se multiplient. Ils poussent comme des moisissures dans un monde sans lumière. Plus violents, plus assumés, presque méthodiques. Une mécanique froide, bien huilée, qui avance sans frein. Et la justice ? Elle n’est plus aveugle. Elle est consentante.

Le vrai scandale n’est plus dans les sandales. Il est dans les regards : plus personne ne les trouve scandaleux.

Tarak Amira