Plus de 100 anciens ambassadeurs franco-britanniques exigent des sanctions contre Israël

Devant la politique d’occupation et de destruction menée par Israël, plus d’une centaine d’anciens représentants diplomatiques de la France et du Royaume-Uni, deux nations qui ont joué un rôle historique dans le façonnement du Moyen-Orient, expliquent, dans une tribune au « Monde », pourquoi ils appellent leurs gouvernements à agir à travers une série de sanctions visant à préserver l’Etat de droit.

Dans une lettre obtenue par l’agence turque Anadolu , plus de 100 anciens ambassadeurs franco-britanniques appellent samedi le Président Macron et le Premier ministre Burnham à agir conjointement sur le conflit israélo-palestinien.

Les signataires, qui incluent Sir Jeremy Greenstock et Sir Emyr Jones Parry (anciens ambassadeurs auprès de l’ONU), Patrice Paoli et Stanislas de Laboulaye (anciens diplomates français au Moyen-Orient), exhortent Paris et Londres à « faire cause commune » sur « la ligne de fracture fondamentale de la région : l’égalité des droits pour Israéliens et Palestiniens ».

Des accusations sans détour

Les diplomates appellent la France et le Royaume-Uni à « faire cause commune sur la ligne de fracture fondamentale de la région : l’égalité des droits pour Israéliens et Palestiniens ». Ils rappellent que « en 2025, la France et le Royaume-Uni ont reconnu l’État de Palestine », affirmant que « cette étape nécessaire doit être concrétisée par une action d’urgence pour sauvegarder le droit à l’autodétermination des Palestiniens, alors que le gouvernement israélien cherche systématiquement à détruire toute perspective d’État palestinien indépendant ».

Sans détour, la lettre accuse : « À Gaza, deux millions de Palestiniens sont parqués sur 30 % de leurs terres dévastées, affamés, sans médicaments ni logements. Plus de 1 200 Palestiniens ont été tués depuis le prétendu « cessez-le-feu ». »

Les diplomates soulignent que « l’affirmation de M. Netanyahu selon laquelle Israël doit vivre par l’épée est moralement erronée et contre-productive. Elle met en péril la sécurité d’Israël et ne laisse aucune place à la négociation. En conséquence, le monde ne voit plus Israël comme une véritable démocratie, il n’y a rien de démocratique à priver les autres de leurs droits et de leurs terres. »

Épuration ethnique en Cisjordanie et extension régionale

La lettre dénonce également « la destruction systématique de Gaza et sa population ». Concernant la Cisjordanie, les diplomates écrivent : « En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les démolitions de maisons palestiniennes et la violence débridée des colons, avec la connivance de l’armée et de la police israéliennes, constituent un nettoyage ethnique. La Palestine s’efface sous nos yeux. »

Les signataires élargissent leur critique au-delà de la Palestine : « Cette politique d’occupation et de destruction s’étend également au Liban, où de nombreux villages ont été rasés, et à la Syrie. C’est une tache sur la conscience de l’humanité, qui exige que le Royaume-Uni et la France agissent. »

Contexte : le projet de colonisation E1

La lettre intervient après la publication par Israël d’appels d’offres pour la construction de 1 200 maisons dans le projet de colonisation E1 en Cisjordanie, qualifié de « ligne rouge » par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Les diplomates soulignent que « le seul moyen d’arrêter ce développement désastreux est de dissuader tous les soumissionnaires potentiels israéliens. Nos gouvernements doivent maintenant expliciter que les activités commerciales de tout soumissionnaire au Royaume-Uni et en France en souffriront. »

Sept mesures concrètes

Les diplomates recommandent que la France et le Royaume-Uni respectent les décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale. Ils appellent à la suspension de l’accord d’association UE-Israël et de l’accord commercial UK-Israël pour violation des droits de l’homme, ainsi qu’à la suspension des transferts d’armes vers et depuis Israël et de toute coopération militaire bilatérale.

La lettre exige également un accès sans restriction à l’aide à Gaza menée par l’UNRWA, avec accès garanti aux journalistes, diplomates et parlementaires. Elle demande l’interdiction de tout commerce avec les colonies, y compris les biens, investissements et services financiers, et avertit que les soumissionnaires potentiels du projet E1 verraient leurs intérêts au Royaume-Uni et en France en souffrir.

Enfin, les diplomates recommandent de criminaliser l’achat de propriétés sur des terres palestiniennes occupées et de retirer le statut de charité aux organismes finançant les colonies.

Les diplomates ne limitent pas leur critique à Israël. Ils affirment que « les Palestiniens doivent assurer que l’État reconnu par plus des deux tiers du monde soit démocratique et respectueux de la loi, malgré l’occupation ». Notant que « la direction politique palestinienne est non représentative et dysfonctionnelle », ils appellent les élections prévues en novembre à produire un « renouveau démocratique » et soulignent que « Gaza et la Cisjordanie doivent être réunifiées politiquement, administrativement et économiquement ».

Cependant, ils concluent : « Bien que nos deux gouvernements puissent faire beaucoup pour aider la Palestine à devenir une nation démocratique fonctionnelle, notre attention doit porter sur la détermination d’Israël à empêcher ce résultat. »

Appel à un leadership international

Les signataires appellent la France et le Royaume-Uni à « donner l’exemple aux pays partageant les mêmes idées en Europe, au Moyen-Orient, au Sud mondial, à la Francophonie et au Commonwealth ». Ils affirment que « ces propositions reflètent nos valeurs communes, le droit international et l’égalité des droits, qui sont dans notre intérêt ».

Les diplomates insistent : « Là où il n’y a pas de droit, aucun d’entre nous n’est en sécurité. »