Inclusion ou Amnésie ?

Nous vivons un moment où certains politiques et « activistes » voudraient banaliser le désastre enclenché par l’accession d’Ennahdha au pouvoir (un désastre dont la Tunisie et les Tunisiens continuent, aujourd’hui encore, à en payer le prix fort), jusqu’à nous faire croire que le temps, les fâcheuses circonstances et une nouvelle configuration politique suffiraient à effacer les responsabilités, les compromissions et les trahisons de ce parti et de ses acolytes, sans foi ni loi, allant de la gauche mercenaire jusqu’à ceux qui nous ont poignardé dans le dos et ont défié les lois mathématiques en faisant se rencontrer deux droites parallèles .

Et cette banalisation, ils lui ont donné un nom tout aussi joli que pernicieux : l’inclusion.

Mais depuis quand l’inclusion implique-t-elle l’amnésie ?

On ne peut pas exiger des Tunisiens qu’ils oublient ce qu’ils ont vécu au nom d’une prétendue nécessité d’inclusion. On ne peut pas demander que ceux qui ont contribué à un désastre soient réhabilités par la seule magie (plutôt le mauvais sort) des circonstances actuelles, ni que ceux qui ont, hier, trahi le pays soient aujourd’hui accueillis à nouveau dans le jeu politique comme si leur passé noirci n’avait jamais existé.

Certains verraient dans cette exclusion une posture radicale.

Mais il y a forcément quelque chose de profondément radical dans le fait d’être prêt à se tenir debout, à contre-courant, en une période marquée par l’ambivalence et l’opportunisme politiques, les retournements de veste et les alliances de connivences. Et c’est précisément dans ces moments qu’il est essentiel de garder à l’esprit que brandir des slogans aussi séduisants que « libertés », « démocratie » ou « inclusion » ne suffit ni à faire la vérité des protagonistes, ni à les absoudre de leur duplicité et de leurs fourberies passées ou présentes.

Même dans la vie ordinaire nous ne fonctionnons pas ainsi.

Lorsqu’une personne trahit notre confiance, abuse de notre loyauté ou se révèle incapable de servir nos intérêts, continuons-nous à lui ouvrir notre porte comme si rien ne s’était passé ? Continuons-nous à lui confier nos intérêts, nos secrets, notre amitié ? NON.

À moins d’être idiots, nous prenons nos distances. Nous rompons parfois définitivement le lien. Pourquoi ? Parce que la confiance, une fois trahie, notre regard sur l’autre change, notre construction affective même change. Et les plus belles paroles, les plus belles promesses ne suffisent pas à réparer ce qui a été brisé.

Il devrait en aller de même en politique, a fortiori lorsqu’on porte la responsabilité de tout un peuple et de tout un pays.

Alors il est des moments où il faut avoir le courage de faire le choix de l’exclusion de ceux qui ont trahi. Non par pur goût de l’exclusion mais par refus de faire de l’amnésie une vertu politique sous la doucereuse appellation de « l’inclusion ».

Selima Ben Salem

NB : La photo est générée par l’IA