Il y a des voix qui traversent la musique. Et puis il y a celles qui s’installent dans nos vies sans demander la permission, et qui finissent par faire partie de notre mémoire.
Catherine Ringer était de celles-là.
Avec les Rita Mitsouko, elle avait fait de la chanson française un drôle de laboratoire. Le rock y rencontrait la folie, l’élégance y côtoyait le désordre, les corps dansaient au bord du précipice. Elle chantait comme on pousse une porte interdite. Une voix qu’on reconnaît entre mille, une énergie qui ne se laissait pas dompter, et cette manière de défier les conventions, comme si la normalité était une maladie dont il fallait se méfier.
Puis la nouvelle est tombée.
Un cancer foudroyant. Soixante-huit ans. Une nuit de septembre, et soudain, le silence.
La mort a cette brutalité obscène : elle ne négocie pas. Elle ne respecte ni le talent, ni les souvenirs, ni les promesses qu’on croyait avoir encore le temps de tenir. Elle entre, elle prend, elle repart. Derrière elle, il ne reste que des chansons qui refusent de mourir.
Catherine avait déjà croisé cette ombre. En 2007, elle lui avait arraché Fred Chichin, son compagnon de vie et de musique, l’autre moitié des Rita Mitsouko. Elle avait continué quand même. Remonté sur scène. Fait vivre leurs chansons. Comme si chanter était une façon de tenir tête au vide.
Aujourd’hui, c’est elle qui s’en va.
L’ironie est terrible. Celle qui avait donné à « Marcia Baïla » une chanson hantée par le cancer se retrouve à son tour rattrapée par cette maladie, qui aura poursuivi l’histoire des Rita Mitsouko jusqu’à ses dernières pages.
Mais la mort se trompe quand elle croit avoir gagné.
Il restera cette voix. Cette silhouette électrique. Ces refrains qui ont fait danser plusieurs générations. Il restera l’insolence, la liberté, la folie créatrice. Il restera Catherine Ringer, impossible à enfermer dans une époque, un genre, une définition.
Alors, Catherine, reposez-vous. Vous avez assez couru après la musique, assez défié les fantômes.
Là où vous êtes, Fred vous attend peut-être déjà. Peut-être qu’il a une guitare, une nouvelle mélodie, et cette vieille complicité qui n’a jamais vraiment cessé.
Nous, nous continuerons à écouter.
Parce que certaines histoires d’amour finissent mal, en général.
Mais certaines musiques, elles, ne finissent jamais.
Merci, Catherine. Pour le bruit, pour la liberté, pour la vie.
Tarak Amira

