L’eau en Tunisie : un chantier national

Le problème de l’eau en Tunisie est suffisamment grave pour que nous cessions d’en faire uniquement un sujet de plainte, d’accusation ou de polémique. Il doit devenir un chantier national de construction.

1. REGARDER LA RÉALITÉ EN FACE.

La Tunisie est structurellement pauvre en eau et le changement climatique aggrave les tensions. Mais constater la rareté ne constitue pas une politique. Et répéter que nous manquons d’eau ne crée pas un mètre cube supplémentaire, ne répare aucune conduite et n’améliore aucun service.

2. NE PAS CHERCHER UN BOUC ÉMISSAIRE UNIQUE.

La crise résulte de plusieurs facteurs : ressources limitées, sécheresses, surexploitation des nappes, pertes dans les réseaux, usages agricoles et économiques, gouvernance, infrastructures vieillissantes, comportements, qualité du service, etc.

3. REMETTRE LE SERVICE PUBLIC AU CENTRE.

La réponse ne peut pas être que chaque ménage, hôtel, hôpital ou entreprise trouve individuellement sa propre solution. Il faut reconstruire la confiance dans l’eau du réseau : sécurisation des ressources, traitement, contrôle sanitaire, renouvellement des conduites, réduction des pertes, stockage, continuité du service et information transparente des citoyens.

4. FAIRE DE L’EAU UN PROJET NATIONAL PLUTÔT QU’UN CHAMP DE CONFRONTATION .

État, SONEDE, ONAS, ministère de l’Agriculture, collectivités, agriculteurs, industriels, chercheurs, ingénieurs, société civile, médias et citoyens ont des responsabilités différentes, mais personne ne peut résoudre seul le problème. Il faut passer de la dénonciation permanente à la proposition, à l’expérimentation et à l’évaluation des résultats.

5. CONSTRUIRE DANS LE BON ORDRE ET MESURER LES RÉSULTATS.

Avant de parler de solutions spectaculaires, commençons par consolider les fondamentaux : connaître et protéger la ressource, mesurer correctement les prélèvements et les usages, entretenir les ouvrages, réduire les pertes, améliorer les rendements, faire respecter les règles de prélèvement, assurer la qualité sanitaire et mieux arbitrer entre les usages.

Mais il faut aussi passer d’une logique de moyens et de réalisations à une logique de résultats. Pour chaque programme ou investissement, nous devrions pouvoir répondre à quelques questions simples : qu’avons-nous réellement économisé, préservé, mobilisé ou sécurisé comme ressource en eau ? À quel coût ? Avec quels bénéfices pour les usagers et les territoires ? Et ces résultats sont-ils durables et reproductibles ?

Mesurer, évaluer et rendre compte doivent faire partie intégrante de l’action publique dans le domaine de l’eau.

Critiquer reste nécessaire. Mais la critique n’a véritablement de sens que si elle nous aide à corriger, à proposer et à construire.

L’EAU EST TROP FONDAMENTALE POUR DEVENIR UN SUJET SUPPLEMENTAIRE DE DIVISION.

Elle devrait au contraire être l’un de ces grands enjeux autour desquels la Tunisie est capable de construire une vision de long terme et une continuité de l’action.

La situation exige de la lucidité, de la compétence et des résultats. Elle n’interdit pas l’optimisme.
Je reste optimiste pour cette sacrée Tunisie.

Raoudha Gafrej