Les autorités algériennes ont retiré, mercredi 16 septembre, l’accréditation qu’elles avaient accordée à la chaîne d’information en continu Sky News Arabia (arabophone, détenue par des capitaux émiratis, établie à Abou Dhabi), six jours après la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, a fait savoir la chaîne dans un message publié sur le réseau social X.
Sky News Arabia s’est bornée à indiquer que les autorités algériennes avaient décidé «le retrait de l’accréditation octroyée à Sky News Arabia dans le pays», sans préciser ni l’autorité qui a prononcé la mesure, ni les motifs invoqués, ni le sort de ses correspondants sur place. En Algérie, toute rédaction étrangère doit disposer de cet agrément pour filmer, recueillir des témoignages et diffuser des reportages. Privée de ce sésame, la chaîne ne peut plus travailler légalement sur le territoire algérien et perd l’un de ses principaux points d’observation au Maghreb.
Rupture diplomatique consommée le 10 septembre
La décision prolonge la crise ouverte le jeudi 10 septembre, lorsque le ministère algérien des affaires étrangères a annoncé la rupture des relations avec Abou Dhabi, en dénonçant la «multiplication des agissements provocateurs ou hostiles de la part des Émirats arabes unis» sans citer le moindre épisode précis. Le ministère de la défense a fermé le soir même l’espace aérien algérien aux appareils civils et militaires émiratis, et l’ambassadeur des Émirats a été invité à quitter le pays sous 48 heures, selon le site Le Diplomate. Le président Abdelmadjid Tebboune avait peu auparavant qualifié les Émirats d’«État minuscule».
Sky News Arabia, lancée en mai 2012 en coentreprise avec le groupe britannique Sky, appartient à la société International Media Investments (IMI), contrôlée par le cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyane, vice-président des Émirats arabes unis. La chaîne s’était déjà trouvée au cœur d’une affaire judiciaire en Algérie en mai 2025, lorsque l’historien Mohamed Lamine Belghith avait été placé en détention après avoir présenté, sur son antenne, l’identité amazighe comme une construction idéologique d’inspiration française et sioniste. Poursuivi notamment pour atteinte à l’unité nationale, l’universitaire avait vu ses propos dénoncés par la presse algérienne comme la preuve d’une ligne éditoriale hostile à l’Algérie.
Al-Arabiya et France 24 déjà écartées
L’affaire avait donné lieu à une riposte d’une rare virulence de la télévision publique algérienne, qui avait consacré un reportage à charge contre les Émirats. Dès janvier 2024, le Haut Conseil de sécurité algérien avait déploré les agissements hostiles d’un pays arabe qu’il ne nommait pas, et que la presse algérienne avait unanimement identifié comme les Émirats. Les deux capitales s’opposent de longue date sur le Maroc et le Sahara occidental, la normalisation avec Israël, la Libye, le Soudan et l’avenir politique du Sahel.
Le retrait visant Sky News Arabia s’ajoute à une série de mesures prises contre des médias étrangers. Le ministère algérien de la communication avait retiré, le 13 juin 2021, l’accréditation de France 24 en raison de son «hostilité manifeste et répétée», au lendemain d’élections législatives anticipées marquées par une abstention proche de 70 %. Le 31 juillet de la même année, la chaîne saoudienne Al-Arabiya avait subi le même sort, les autorités lui reprochant «le non-respect des règles de la déontologie professionnelle et son recours à la désinformation et à la manipulation». Des organisations de défense de la liberté de la presse décrivent de longue date la procédure d’accréditation des médias étrangers en Algérie comme opaque et aléatoire.

