La Tunisie « doit cesser la répression » visant la société civile et les médias, a exhorté ce jeudi le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, fustigeant un recours croissant aux poursuites pénales et obstacles administratifs contre ces derniers.
« La répression et les restrictions persistantes de l’espace civique par les autorités tunisiennes portent atteinte aux droits des personnes protégés par la Constitution du pays et à ses obligations internationales en matière de droits de l’homme », a déclaré Volker Türk, évoquant comme principales cibles les organisations de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme, les figures de l’opposition, les militants et les membres du pouvoir judiciaire.
Cette déclaration fait suite à la suspension temporaire, prononcée en début de semaine par les autorités tunisiennes, de la section locale de l’ONG Avocats sans frontières (ASF), quelques jours après qu’une autre organisation, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), eut fait l’objet d’une mesure similaire.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a souligné que les autorités tunisiennes invoquent souvent des irrégularités en matière de financement et d’audit pour justifier de telles suspensions, qui peuvent paralyser les activités d’une organisation.
« Nous observons une tendance croissante selon laquelle les autorités tunisiennes recourent à des sanctions imposées par la justice pour restreindre l’exercice du droit à la liberté d’association, en ne tenant guère compte des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité requis pour que de telles limitations soient admissibles« , a déclaré M. Türk, soulignant aussi que le gouvernement imposait des restrictions de plus en plus sévères aux médias.
Fin avril, le journaliste tunisien Zied el-Heni, qui avait critiqué des décisions de justice rendues à l’encontre de ses confrères et fustigé les juges impliqués, a été placé en détention pour « atteinte à autrui » ou à sa réputation, a déclaré son avocat à l’AFP.
Il est toujours en détention provisoire, a indiqué le Haut-Commissariat, ajoutant que 28 autres journalistes avaient été arrêtés l’année dernière, puis jugés et condamnés à diverses peines de prison pour des faits liés à leurs activités professionnelles.
« J’exhorte les autorités tunisiennes à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour avoir exprimé leurs opinions, un droit protégé par le droit international des droits de l’homme, et à lever toutes les restrictions arbitraires à la liberté d’expression et d’association« , a déclaré M. Tûrk.
« Les restrictions aux libertés fondamentales doivent rester exceptionnelles, fondées sur une loi claire, nécessaires et proportionnées à la poursuite d’un objectif légitime, non discriminatoires et accompagnées d’une procédure régulière et d’un contrôle judiciaire effectif », a-t-il ajouté.
Selon lui, le respect de l’État de droit en Tunisie « nécessite des garanties institutionnelles plus solides, la protection de l’espace civique et une réforme législative inclusive et fondée sur les droits ».
Les ONG tunisiennes et internationales dénoncent un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force de Kais Saied à l’été 2021 par lequel il s’est octroyé les pleins pouvoirs

