Il fait le procès de sa propre gouvernance

Si son dernier déplacement révèle une chose, c’est bien celle-ci : il ne se rend même pas compte qu’en faisant ce qu’il fait, il se dénonce lui-même. Il expose au grand jour l’une des défaillances les plus criantes de son pouvoir : un État qui court désespérément derrière les événements au lieu de les devancer, qui intervient en aval au lieu d’agir en amont, qui attend que les dégâts soient là pour les constater au lieu de prendre les mesures nécessaires pour les prévenir.

Ses théories du complot et ses histoires à dormir debout, qu’il ressasse à longueur de discours, ne sont finalement que le symptôme de cette faillite. Lorsqu’un pouvoir est incapable d’anticiper, de prévenir et d’agir à temps, il ne lui reste plus qu’à chercher des coupables. Il accuse, désigne des ennemis, invente des machinations et réécrit les causes des catastrophes qu’il n’a pas su prévenir. Autrement dit, il transforme son incapacité à anticiper en accusations permanentes.

C’est là toute l’ironie : à force de vouloir désigner ceux qu’il tient pour responsables des maux du pays, il finit par dresser, sans même s’en apercevoir, le procès de sa propre gouvernance.

Chiheb Ben Chaouacha