Fin janvier dernier, lors de la visite de Massad Boulos, conseiller proche de D. Trump, j’avais proposé une lecture de la relation Tunisie – USA à partir de recoupements d’informations et d’une perception guidées, entre autres, par la Stratégie de sécurité nationale des USA 2025.
L’idée centrale était qu’il semble que l’on assiste à un regain d’attention US envers la Tunisie, qui ne relevait ni d’un hasard diplomatique ni d’un simple signal conjoncturel, mais d’un réajustement pragmatique lié aux recompositions régionales (Afrique subsaharienne, Libye, Méditerranée) et à la compétition entre puissances (USA, Chine, Russie).
Quelques mois plus tard, la note stratégique de l’ancien ambassadeur américain en Tunisie, Joey Hood, publiée le 16 avril par le Stimson Center, converge largement avec cette lecture.
Il y décrit la Tunisie comme un pays charnière, dont la valeur stratégique repose moins sur son poids économique que sur sa capacité à agir comme « stabilisateur » régional et plateforme de coopération sécuritaire et économique vers le Sahel africain.
Autrement dit, il souligne l’importance de la Tunisie pour les USA dans une logique d’utilité pragmatique plutôt que dans une logique d’alignement « idéologique ».
Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas tant la confirmation a posteriori d’une analyse, que la cohérence des grilles de lecture entre logiques exogène et endogène.
D’un angle exogène : Hood écrit à partir d’une logique de puissance américaine pour expliquer comment optimiser « la Tunisie » pour la stratégie US.
D’un angle endogène: dans mon post, étant Tunisienne vivant en Tunisie et bien imprégnée du quotidien politique et socio-culturel du pays, je posais la question, qui me semble élémentaire, que veut/peut faire la Tunisie de cette « attention »?
Et c’est peut-être dans cet autocentrisme que réside le talon d’Achille des briefs, rapports et autres notes stratégiques US.
Alors qu’une analyse géopolitique « juste » ne devrait jamais ignorer les facteurs endogènes à l’objet/pays analysé, ni omettre d’essayer au mieux de raisonner comme cet objet/pays.
Par ailleurs, un autre élément mérite d’être mis en perspective.
Dans la foulée de la publication de sa note sur la Tunisie, Joe Hood a donné une interview au magazine français Le Point dans laquelle il souligne que l’administration US actuelle accorde une valeur limitée aux analyses diplomatiques traditionnelles et à l’expertise stratégique classique.
Cette déclaration est loin d’être anecdotique.
Elle rappelle une réalité que le monde vit et expérimente depuis un moment, effaré et impuissant : la diplomatie US semble être devenue plus « transactionnelle » et prédatrice que stratégique et institutionnelle.
Aussi, la pertinence d’une analyse ne garantit pas désormais sa prise en compte dans la décision politique américaine, surtout dans un contexte géopolitique et économique actuel qui n’est caractérisé ni par la visibilité, ni par la stabilité.
Selima Ben Salem

