« Je suis triste pour mon pays » : l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud réagit à sa condamnation

L’écrivain franco-algérien était poursuivi par la justice algérienne pour son roman « Houris », prix Goncourt 2024 évoquant la guerre civile, dont il est interdit de parler en Algérie.

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la relation entre Alger et Paris. L’écrivain Kamel Daoud a annoncé sur les réseaux sociaux sa condamnation par la justice algérienne à trois ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de dinars algériens.

En cause : son roman Houris (Prix Goncourt 2024), qui explore le traumatisme de la « décennie noire » à travers le personnage d’Aube, une survivante de la guerre civile. « Je suis triste pour mon pays, réagit l’écrivain auprès du journal le Point. Après dix ans de guerre, des centaines de milliers de morts, les terroristes se promènent à l’air libre, au soleil, payés avec des pensions. »

La plainte a été déposée par l’association nationale des victimes du terrorisme. « Ils ont déplacé des victimes du terrorisme qui ont expliqué au tribunal qu’ils ont été choqués par mon roman, qu’il porte atteinte à leur dignité », raconte l’écrivain, âgé de 55 ans.

« Une loi inutile et injuste »

Kamel Daoud, qui vit aujourd’hui en France et est éditorialiste au Point, dit avoir été condamné « en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », « une loi inutile et injuste, qui n’a aucune valeur internationale », qui « réprime l’évocation publique de la guerre civile ». Il fustige qu’à l’inverse, « il n’y a jamais de condamnation pour les crimes de la guerre civile algérienne. C’est la première fois que cette loi a été actionnée ».

« Fait unique dans l’histoire algérienne : le verdict du procès du 7 avril 2026 est tombé le 21 avril courant. »
« Je suis condamné à trois ans de prison ferme et à cinq millions de dinars algériens d’amende, en application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. » Kamel Daoud

« C’est très révélateur sur l’Algérie. Sur le récit sur soi, le rapport à la fiction, le rapport à la vérité. Le crime ce n’est pas d’avoir tué, c’est d’avoir écrit. C’est une situation totalement absurde, a ajouté l’écrivain, proche de Boualem Sansal. Ce que je vais faire, désormais, c’est écrire d’autres romans. »