La véritable force de dissuasion de l’Iran est géographique.

Jour 52 : Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran doit prendre fin le 22 avril, et bras de fer iranien en matière de négociations.

L’Iran pourrait participer à un autre cycle de pourparlers à Islamabad, mais en envoyant une délégation de rang inférieur.

Une autre option consiste à ne pas se rendre physiquement au Pakistan, mais à accepter néanmoins une extension du cessez-le-feu.

 La véritable force de dissuasion de l’Iran n’a jamais été nucléaire, mais géographique.

Les États-Unis et Israël affirment avoir lancé leur guerre contre l’Iran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire.

Or, ils ont découvert que l’Iran possédait déjà une force de dissuasion bien plus efficace : le contrôle du détroit d’Ormuz.

➡️ Près de 20 % du commerce mondial de pétrole transite par ce passage maritime étroit.

➡️ Dès que l’Iran a exercé des pressions dans cette zone, les marchés de l’énergie ont réagi, les assureurs maritimes ont paniqué, les coûts de fret ont flambé et les stratèges militaires à Washington et Tel-Aviv ont été contraints de revoir leurs plans du jour au lendemain.

C’est là la principale leçon de cette guerre : on peut bombarder l’économie, mais on ne peut pas bombarder le territoire.

Malgré des semaines d’attaques contre des dirigeants politiques et militaires, des navires de guerre et des usines de missiles, même les chefs du renseignement américain admettent que l’Iran dispose encore de suffisamment de drones, de missiles et de lanceurs pour menacer la navigation si nécessaire.

Selon certaines informations, Téhéran posséderait encore environ 40 % de ses drones d’attaque et 60 % de ses lanceurs, et pourrait récupérer une part bien plus importante de son arsenal enfoui.

La puissance stratégique iranienne n’a pas disparu avec les frappes aériennes. Elle a simplement changé de forme.

L’Iran n’a pas besoin de porte-avions pour imposer un blocus. Il n’a pas besoin de bases à l’étranger, disséminées sur plusieurs continents. Il se situe à la croisée des chemins les plus importants de l’économie mondiale, où la simple incertitude suffit à faire grimper les prix à l’échelle planétaire.

Cette guerre a créé un paradoxe gênant pour Washington : les États-Unis ont lancé la campagne alors que le détroit était ouvert, mais l’un des principaux objectifs est devenu la réouverture de ce qui ne l’était pas auparavant.

Par ailleurs, même une perturbation temporaire nuit à tous :

▪️ aux importateurs de pétrole en Europe et en Asie
▪️ aux chaînes d’approvisionnement mondiales
▪️ aux prix des engrais et des denrées alimentaires du Lithium, de l’aluminium etc.
▪️ aux marchés de l’assurance et du transport maritime de pétroliers
▪️ à la crédibilité politique des pays occidentaux

Pendant des décennies, ses opposants ont présenté l’Iran comme un pays isolé. Or, aucun pays isolé ne peut contraindre le monde à surveiller d’aussi près une voie maritime.

L’Iran demeure un acteur incontournable de l’économie mondiale. Ni les sanctions, ni même la guerre n’y ont changé quoi que ce soit. La géographie ne cesse de le renforcer.

Le message de l’après-guerre est clair : toute confrontation future avec l’Iran aura désormais un coût connu.

Fabrice Ribère