Deux images, deux symptômes d’un même échec de gouvernance en Tunisie.

Pour distribuer une denrée aussi essentielle que l’eau potable, on mobilise l’armée, la Garde nationale et la protection civile.

Pour financer les déficits de l’État, on mobilise les avances directes de la BCT.

Dans les deux cas, on a recours à des instruments qui devraient être exceptionnels pour gérer des situations qui, elles, ne résultent ni d’une guerre, ni d’une catastrophe majeure, ni — pour reprendre le langage économique — d’un choc extérieur exceptionnel.

L’armée pour distribuer de l’eau.
La banque centrale pour financer le budget.

On pourrait presque y voir deux versions d’une même philosophie de gouvernance : quand les mécanismes ordinaires ne fonctionnent plus, on fait appel aux moyens extraordinaires.

Et le plus ironique est peut-être là : ce ne sont plus les crises qui justifient les mesures d’exception ; ce sont les dysfonctionnements ordinaires qui finissent par les rendre nécessaires.

Sadok Rouai