Quand le feu choisit ses victimes

En Algérie, le feu ne brûle plus seulement les forêts.

Il brûle les maisons, les souvenirs, les paysages. Et parfois, il brûle des vies.

Les flammes avancent sans haine et sans remords. Elles ne font pas de politique. Elles ne connaissent ni frontières, ni appartenances, ni discours. Elles prennent ce qui se trouve sur leur passage. Un arbre. Une maison. Une voiture. Un homme. Une femme. Un enfant.

Puis vient le silence.

Celui qui suit les sirènes. Celui qui reste après les cris. Celui des villages où l’on compte les absents.

Derrière les chiffres annoncés dans les journaux, il y a pourtant des visages. Des familles qui ne rentreront plus chez elles. Des proches qui attendront longtemps, peut-être toute leur vie, le bruit d’une porte qui ne s’ouvrira jamais.

Le feu, lui, ne témoigne pas.

Il laisse derrière lui des cendres, des carcasses noircies et cette question terrible : combien de drames faudra-t-il encore pour que la prévention cesse d’être une promesse prononcée après la catastrophe ?

Car un incendie est parfois naturel.
Mais une catastrophe ne l’est jamais tout à fait.

Elle naît aussi de la sécheresse, du manque de moyens, de l’impréparation, des infrastructures défaillantes, des alertes ignorées ou simplement de cette vieille habitude humaine qui consiste à attendre que le danger soit visible pour commencer à le combattre.

Et lorsque les flammes s’éteignent enfin, il reste toujours la même comptabilité macabre.
Les hectares disparus.
Les maisons détruites.
Les blessés.
Et les morts.

Eux ne reviendront pas avec la pluie.
Ils resteront dans la mémoire de ceux qui les aimaient, comme ces silhouettes fantômes que le feu n’a pas réussi à effacer complètement.

Parce qu’au fond, la véritable tragédie n’est pas seulement que la forêt brûle.
C’est que, derrière la fumée, des êtres humains disparaissent.

Et puis il y a ceux qui avancent quand tout le monde recule : les pompiers. Quand les flammes deviennent un mur et que la fumée transforme le ciel en piège, ils entrent dans le brasier pour sauver ceux qui cherchent à en sortir. Ils travaillent là où la peur commande de fuir, parfois au prix de leur propre vie.

Leur courage n’a rien d’un discours : il se mesure à chaque maison évacuée, à chaque personne arrachée aux flammes, à chaque kilomètre parcouru dans l’enfer.

À ces hommes et ces femmes qui affrontent le feu pour protéger les autres, il faut rendre hommage avec des mots simples : respect, gratitude et admiration.

Enfin, à toutes les familles endeuillées, à celles et ceux qui ont perdu un père, une mère, un enfant, un frère, une sœur, un proche, j’adresse mes condoléances les plus sincères.

Dans ces heures où les mots paraissent dérisoires face à l’ampleur du drame, je veux simplement dire ma solidarité et ma compassion. À mon peuple frère algérien, je souhaite courage et force pour affronter cette épreuve.

Que les victimes reposent en paix, et que leur mémoire demeure, longtemps après que les dernières flammes se seront éteintes.

Tarak Amira