1. 🔴Les entreprises publiques ont besoin de capitaux frais pour réaliser de nouveaux investissements, d’une nouvelle direction indépendante jouissant d’une autonomie totale pour prendre des décisions d’investissement en toute indépendance, ainsi que de transparence et d’une réduction des coûts.
🔴Lorsque le gouvernement convertit l’ancienne dette en capital au sein d’une entreprise publique, il transfère mécaniquement les droits de vote au créancier, qui prend alors mécaniquement les commandes de l’entreprise ; le gouvernement perd ainsi sa souveraineté sur les actifs de celle-ci. C’est simple : sans contrôle sur les actifs, il n’y a pas de souveraineté.
2. 🔴Le gouvernement n’a aucune garantie que la conversion de la dette en capital permettra de produire des biens ou services compétitifs en termes de qualité et de prix, de rivaliser sur le marché et de générer des bénéfices. C’est simple : l’absence de produits de qualité à des prix attractifs entraîne une absence de revenus, donc pas de bénéfices, ce qui conduit à un nouvel endettement, voire à la faillite.
3. 🔴Conversion de l’ancienne dette en partenariat : qu’advient-il alors du discours du président sur la souveraineté ?
🔴Les inconvénients de la conversion de la dette des entreprises publiques en capital en Tunisie :
• Masque les inefficacités structurelles : ne s’attaque pas aux causes profondes des pertes, telles que les masses salariales élevées et les subventions rigides.
• Dégrade la qualité des actifs de l’État : substitue une dette financière par une participation accrue dans des entreprises sous-performantes et chroniquement déficitaires.
• Crée une illusion budgétaire : diffère les ajustements budgétaires nécessaires en dissimulant les déficits dans les comptes de capitaux propres plutôt que dans les postes de dépenses.
• Complique les privatisations futures : accroît la part de l’État dans le capital, rendant politiquement difficile la réalisation de futures cessions fondées sur les mécanismes du marché.
• Menace pour la souveraineté nationale : la crainte majeure est de perdre le contrôle d’actifs stratégiques (comme l’énergie ou l’eau) au profit de créanciers étrangers, compromettant ainsi l’indépendance économique de la Tunisie.
• Une « privatisation déguisée » : ce mécanisme transfère de facto la gestion des « joyaux de la couronne » de l’État à des créanciers privés, en contournant les règles habituelles de propriété auxquelles le gouvernement s’oppose fermement.
• Manque de transparence : de nombreuses entreprises publiques tunisiennes souffrent d’un manque de transparence financière. S’engager dans de telles opérations sans données claires expose l’État au risque de conclure des accords défavorables.
• Pertes existantes des entreprises publiques : beaucoup d’entre elles sont déjà lourdement déficitaires (déficit annuel moyen supérieur à 2,3 milliards de dinars). Céder des parts du capital aux créanciers ne résout pas les problèmes opérationnels sous-jacents.
🔴L’expérience chinoise : le désendettement axé sur le marché (années 1990 et 2016).
🔴La Chine a mené deux vagues massives de conversion de dettes en fonds propres pour les entreprises publiques (EP) afin d’assainir son secteur bancaire et ses industries lourdes étatiques.
• La stratégie (première vague) : en 1999, la Chine a créé quatre sociétés de gestion d’actifs (SGA) publiques. Ces SGA ont racheté des créances douteuses aux banques d’État et les ont converties en participations au capital de plus de 600 grandes entreprises publiques industrielles en difficulté.
• La stratégie (deuxième vague – 2016) : confrontée à une bulle massive de la dette des entreprises, la Chine a lancé des opérations de conversion « axées sur le marché ». Plutôt que d’agir sur injonction gouvernementale, les banques d’État ont créé des filiales spécialisées pour s’associer à des fonds de capital-investissement afin de convertir des dettes en actions d’entreprises publiques viables mais surendettées (par exemple, Sinopec, Baosteel).
• Les raisons du succès : cette démarche a sauvé le système bancaire public chinois d’un effondrement systémique et a réduit les ratios dette/actifs des entreprises publiques. Des études montrent que cette seconde vague « axée sur le marché » a considérablement renforcé les contrôles financiers internes et la gouvernance globale des entreprises ciblées.
🔴L’expérience mexicaine : les échanges de dette contre des actifs d’infrastructure dans le cadre du plan Brady (1990):
Dans le cadre de l’initiative plus large de restructuration de la dette du plan Brady, le Mexique a utilisé avec succès des mécanismes de conversion de dette en fonds propres pour transférer le contrôle d’infrastructures.
• La stratégie : le Mexique a permis à des investisseurs internationaux d’échanger de la dette souveraine mexicaine contre des participations au capital d’entreprises publiques (secteurs industriels et commerciaux) et de projets d’infrastructure.
• Les raisons du succès : le Mexique a réussi à apurer 4 milliards de dollars de dette extérieure grâce à ce mécanisme. Les nouveaux actionnaires ont restructuré les entreprises visées, les transformant en entités rentables et contributrices à l’impôt plutôt qu’en charges pour l’État.
🔴Les trois facteurs clés de succès:
L’analyse de ces cas historiques montre qu’une opération d’échange ne réussit que si elle s’inscrit dans un cadre opérationnel rigoureux :
1. Changement de gouvernance : les nouveaux actionnaires doivent avoir le pouvoir de limoger une direction inefficace et de restructurer les activités.
2. Stratégies de sortie claires : les entités détenant les participations (telles que les sociétés de gestion d’actifs ou AMC chinoises) doivent avoir pour mandat de revendre ultérieurement les actions au public (via la Tunisie Bourse ) ou à des investisseurs stratégiques.
3. Contraintes budgétaires strictes : le gouvernement doit cesser d’injecter des subventions publiques après l’opération, obligeant ainsi l’entreprise à survivre grâce à sa propre performance sur le marché
Larbi Benbouhali

