Après mon billet appelant au boycott des banques qui financent ou soutiennent, directement ou indirectement, la machine de guerre israélienne en Palestine et au Liban, j’ai dû bloquer plus de trois cents profils.
Trois cents.
Une petite colonie numérique. Un échantillon sociologique presque parfait.
J’en ai néanmoins conservé quelques-uns. Par curiosité clinique. Comme un médecin garde sous verre certaines bactéries rares pour mieux comprendre la maladie.
Le point commun de ces spécimens ? Une sympathie affichée pour l’idéologie sioniste la plus radicale. Mais pas seulement.
On y trouve aussi une étrange jubilation devant les charniers, une capacité stupéfiante à relativiser la mort d’enfants, à justifier les bombardements, les assassinats ciblés, les déplacements forcés de populations et l’épuration ethnique. Le tout accompagné de commentaires venus d’une autre galaxie intellectuelle.
Je ne leur demande pourtant pas d’être d’accord avec moi. Le débat démocratique repose précisément sur la confrontation des idées. Encore faut-il avoir des idées à confronter.
Or, chez beaucoup d’entre eux, les arguments semblent avoir été remplacés par des insultes, des slogans et des fautes d’orthographe suffisamment nombreuses pour constituer une catastrophe humanitaire à elles seules.
À force de les lire, je finis par penser que ce n’est pas un refus de débattre. C’est une incapacité.
Ce qui me surprend le plus n’est pas le cas des colons vivant dans les territoires occupés.
Ils évoluent dans leur propre écosystème idéologique depuis des décennies.
Non.
Ce qui étonne, c’est que la majorité de ces défenseurs zélés résident en Europe, où l’information circule encore relativement librement, où les images, les enquêtes et les témoignages restent accessibles à ceux qui souhaitent voir.
Mais encore faut-il vouloir voir.
Quand un esprit devient totalement étanche aux faits, il ressemble à une forteresse dont les fenêtres ont été murées de l’intérieur.
À ce stade, ce n’est plus une opinion.
C’est un bunker.
Tarak Amira

