À Gaza, même le vent semble désormais avoir besoin d’une autorisation.
Amin a six ans. Deux cerfs-volants. Et depuis quelques jours, un nouveau territoire interdit : le ciel.
Son père lui a demandé de ranger ses jouets. Pas parce qu’il pleut. Pas parce que le vent est trop fort. Parce qu’un cerf-volant pourrait attirer une bombe.
Six ans. L’âge où l’on devrait apprendre à courir après une ficelle, pas à calculer la distance qui sépare un jouet d’un missile.
Tout a commencé après la découverte, côté israélien, de plusieurs cerfs-volants provenant de Gaza.
Quatre auraient été retrouvés près de Nahal Oz. L’armée israélienne les a examinés. Verdict : aucun élément suspect. Aucun danger.
Mais dans cette partie du monde, même l’innocence peut finir par être classée « menace potentielle ».
Avec Israel Katz, la paix ressemble à une mauvaise blague : il suffit de prononcer le mot « menace » pour que les frontières s’allongent, les chars avancent et que le retrait devienne soudain une idée dangereusement naïve.
Un morceau de papier. Quelques baguettes de bois. Une ficelle.
Et soudain, dans la grande mécanique de la peur, voilà l’enfant transformé en opérateur aérien.
Le plus cruel n’est peut-être même pas là.
Le plus cruel, c’est que ces cerfs-volants étaient l’un des rares luxes encore accessibles aux enfants de Gaza. Pas de parc. Pas de liberté. Pas d’horizon. Alors ils avaient inventé quelque chose de presque gratuit : prendre un bout de ciel.
Même cela semble désormais suspect.
On imagine la scène : quelque part à Gaza, un père regarde son fils ranger son cerf-volant dans un coin de la tente. Il ne lui dit pas que le monde est devenu fou. Il ne peut pas. Il doit simplement lui expliquer que, désormais, le ciel aussi peut tuer.
t pendant ce temps, les sionistes continuent de chercher des menaces.
Ils les trouvent partout.
Même accrochées à une ficelle.
Tarak Amira

