Pénurie de l’eau en bouteille : Moez Joudi coupe court aux délires complotistes.

Loin des fausses prophéties et autres propos surréalistes ou complotistes, voici les causes réelles de la pénurie de l’eau en bouteille dans notre pays. Ce sont les causes que j’ai pu relever en échangeant avec les professionnels sur le terrain de l’industrie de l’eau et du commerce en détails et en gros:

Depuis le début de l’été, il y a eu une forte augmentation de la demande, liée aux températures exceptionnellement élevées, avec une consommation estivale estimée en hausse d’environ 30 à 40 % par rapport à la normale. Cette demande exceptionnelle a progressivement épuisé les stocks de réserve constitués par les producteurs. Les coupures d’électricité ont ensuite perturbé, voire arrêté, plusieurs lignes d’embouteillage, réduisant temporairement les capacités de production.

À cela s’ajoutent des tensions d’approvisionnement sur les matières plastiques, notamment le PET utilisé pour les bouteilles et le PEHD utilisé pour les bouchons, dans un contexte géopolitique régional tendu ayant affecté certaines unités de production dans les pays du Golfe.

Il y a eu également quelques opérations de spéculation ou de rétention de stock, mais qui restent trop limitées pour expliquer à elles seules une problématique d’ampleur nationale.

Aujourd’hui, les usines tournent à plein régime et à flux tendu mais la demande reste supérieure à la production disponible, notamment en raison de l’épuisement du stock stratégique constitué en amont.

De l’avis des professionnels du domaine, il faudra encore environ 10 jours pour que la situation commence réellement à se rétablir et que les stocks se reconstituent progressivement, la météo n’aidera pas cette semaine !

Finalement, il s’agit surtout d’un déséquilibre temporaire entre une demande exceptionnellement forte et une offre perturbée (presque la même problématique de la production et de la distribution de l’électricité pour la STEG), plutôt que d’un manque d’eau à la source (c’est plus rassurant).

Par contre, l’histoire de la contrebande des packs d’eau vers la Libye n’est pas vérifiée et ne peut pas se justifier. D’abord, il n’y a pas de problème d’approvisionnement d’eau en Libye et en plus l’eau en bouteille est trop lourde et trop coûteuse à transporter et donc les perspectives de gain pour les contrebandiers ne sont pas très attractives.

Aux décideurs politiques et économiques de ce pays, de prendre les explications des professionnels sur le terrain et d’interagir avec eux pour mieux anticiper les déséquilibres, résoudre plus structurellement les problèmes d’approvisionnement et éviter les pénuries et la panique pour les consommateurs.

Moez Joudi