Jour 70 : L’isolement de l’Iran reste largement théorique

Téhéran maintient des corridors diplomatiques, économiques et sécuritaires avec trois partenaires clés, la Russie, le Pakistan et la Chine, qui empêchent tout véritable encerclement stratégique.

RUSSIE : La Russie et l’Iran ont fortement augmenté leur commerce via la mer Caspienne, — New York Times.

▪️Cette route est devenue une alternative au détroit d’Ormuz après les restrictions de navigation dues au conflit au Moyen-Orient. La poudre de poivre, le blé, le maïs, les aliments pour animaux, l’huile de tournesol et d’autres produits sont maintenant acheminés en Iran via la mer Caspienne.

▪️Quatre ports iraniens opèrent 24 heures sur 24 sur la mer Caspienne, et les navires entre la Russie et l’Iran éteignent régulièrement leurs transpondeurs pour dissimuler leurs mouvements, écrit TNE.

PAKISTAN : Face au blocage maritime autour du détroit d’Ormuz, le Pakistan a ouvert six routes terrestres pour acheminer vers l’Iran des marchandises en transit. Une décision stratégique qui vise à débloquer des milliers de conteneurs immobilisés à Karachi et à renforcer le rôle commercial régional d’Islamabad.

Le Pakistan a officiellement ouvert six corridors routiers pour le transit de marchandises à destination de l’Iran, une mesure destinée à contourner les perturbations maritimes provoquées par le blocage du détroit d’Ormuz et à désengorger le port de Karachi, où plus de 3 000 conteneurs destinés à l’Iran restent immobilisés.

Le ministère pakistanais du Commerce a mis en application, le 25 avril, le « Transit of Goods through Territory of Pakistan Order 2026 », autorisant le passage par voie terrestre de marchandises en provenance de pays tiers à destination de l’Iran. Les nouvelles routes relient les ports de Karachi, Port Qasim et Gwadar aux postes-frontières iraniens de Gabd et Taftan via la province du Baloutchistan.

Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions entre les États-Unis et l’Iran, qui perturbent le trafic maritime dans l’une des principales artères du commerce mondial. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite habituellement une part importante du commerce énergétique mondial, est fortement affecté par le conflit en cours.

Une opportunité pour le Pakistan

Pour Islamabad, cette initiative dépasse la seule gestion logistique. Le ministre pakistanais du Commerce, Jam Kamal Khan, y voit une opportunité de consolider la place du pays comme hub commercial régional, notamment grâce au port de Gwadar, dont la proximité avec la frontière iranienne réduit considérablement les délais et coûts de transport.
Le corridor le plus court, reliant Gwadar à Gabd, permet d’atteindre l’Iran en deux à trois heures, contre près de 18 heures depuis Karachi. Une réduction qui pourrait faire baisser les coûts logistiques de près de moitié, selon les autorités pakistanaises.

Au-delà de l’urgence commerciale, cette réorientation traduit aussi un basculement géopolitique. Les relations tendues entre le Pakistan et l’Afghanistan ont fragilisé les routes commerciales traditionnelles vers l’Asie centrale, poussant Islamabad à renforcer son axe occidental avec Téhéran

CHINE : Le couloir ferroviaire de la Chine vers l’Iran contourne le blocus naval de Trump – rapport

Le nombre de trains de marchandises circulant du centre de la Chine vers l’Iran a considérablement augmenté depuis le début du blocus maritime, passant d’environ un par semaine avant le conflit à une fois tous les trois ou quatre jours maintenant, rapporte Bloomberg.

Tous les départs prévus pour mai sont déjà complets, et des capacités supplémentaires sont prévues pour juin.

Chaque train en provenance de Chine transporte environ 50 conteneurs standard de 40 pieds, bien que les navires porte-conteneurs longue distance puissent en transporter des milliers.

En réponse au blocus américain, l’Iran a renforcé les routes commerciales terrestres avec les pays alliés, notamment via le couloir Nord-Sud le reliant à la Russie.

Les couloirs terrestres pourraient éventuellement gérer jusqu’à 40% du volume du commerce maritime régulier de l’Iran. Voir moins

Fabrice Ribère