Le Grand Remplacement du dictionnaire

Il n’est rien. Une silhouette de plateau télé. Un homme qui agite ses peurs comme d’autres secouent des cloches pour couvrir le silence. Président ? Même l’Histoire esquisse un sourire fatigué à cette idée. Conseiller municipal ? Encore faudrait-il qu’une ville accepte de transformer ses trottoirs en bunker mental.

Et pourtant, le voilà qui renifle les mots comme un douanier halluciné à la frontière des langues.

Cette fois, Emmanuel Macron a prononcé « maboul ». Un mot banal, usé par les générations, passé de bouche en bouche comme une vieille pièce sale. Mais pour Éric Zemmour, ce n’est plus un mot. C’est une infiltration. Une preuve. Presque une opération clandestine menée par l’ombre arabo-musulmane contre la citadelle française.

Le problème avec les obsédés de la pureté, c’est que l’Histoire adore leur cracher au visage.

« Maboul » est arrivé en France au XIXe siècle, rapporté par les soldats français d’Afrique du Nord. Une importation coloniale. Un souvenir de caserne. Autrement dit : ce mot n’a pas traversé la Méditerranée caché dans une barque en 2026. Il est entré par la grande porte de l’empire français, bottes aux pieds et fusil sur l’épaule.

Et le massacre continue.
Alcool. Algèbre. Algorithme. Chiffre. Hasard. Zéro. Abricot. Café. Sucre. Sirop. Safran…. Et la liste s’étire comme un interrogatoire sans fin…

Des mots arabes. Partout. Dissimulés dans les manuels scolaires, les romans nationaux, les discours républicains. Des siècles que la langue française vit avec ces « intrus » sans déclencher l’apocalypse annoncée.

Blaise Pascal pensait avec des concepts hérités des mathématiques arabes. Molière écrivait avec une langue déjà métissée, déjà contaminée, déjà mondiale et traversée d’influences venues d’ailleurs.

À moins, bien sûr, qu’eux aussi aient participé au grand complot.

La vérité est plus simple. Et plus humiliante pour les prophètes de décadence : une langue vivante dévore le monde autour d’elle. Elle vole, recycle, transforme, absorbe. C’est ainsi qu’elle survit.

Le reste, ce ne sont pas des analyses. Ce sont des crises d’angoisse déguisées en théorie politique.

Tarak Amira

Pour rigoler