Il y a des verdicts qui dépassent le cadre judiciaire. Parce qu’ils touchent à quelque chose de plus profond : l’amitié, la dignité, la parole libre et cette part d’humanité qu’aucune prison ne devrait pouvoir enfermer.
Aujourd’hui, je pense à Mourad et Borhen. Je pense à deux confrères, mais surtout à deux hommes. Deux voix que l’on tente de faire taire depuis deux ans. Deux amis qui paient un prix démesuré pour avoir parlé, analysé, questionné, parfois dérangé.
Je pense aussi à leurs familles, Saloua, à Inès, à Yasmine et à Mériem qui vivent chaque report, chaque audience, chaque condamnation comme une nouvelle blessure. On parle souvent des détenus. On oublie ceux qui attendent dehors, ceux qui comptent les jours, ceux qui continuent à sourire par courage alors qu’ils sont intérieurement épuisés.
Mourad, Borhen, si vous lisez un jour ces lignes, sachez une chose : beaucoup de gens pensent à vous. Beaucoup. Même ceux qui se taisent parfois par peur, par fatigue ou par résignation. Votre absence laisse un vide immense dans le paysage médiatique et humain de ce pays.
On peut emprisonner des hommes. On peut leur retirer un micro, une émission, un plateau ou une tribune. Mais on ne peut pas effacer ce qu’ils représentent dans le cœur de leurs amis, de leurs collègues et de tous ceux qui continuent à croire qu’un journaliste ne devrait jamais finir derrière les barreaux pour ses opinions.
Je vous embrasse fort mes amis. Et j’espère sincèrement que cette injustice prendra fin.
Parce qu’au-delà des dossiers, des accusations et des procédures, il y a simplement deux hommes qui manquent à leurs proches et à leur grand public. Et cela, aucun verdict ne pourra le faire oublier.
Nizar Bahloul

