Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits humains en Tunisie condamne avec la plus grande fermeté la confirmation en appel de la peine de trois ans et demi de prison prononcée contre les journalistes Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies. Ce verdict constitue un nouvel acte d’instrumentalisation de la justice, dont l’objectif est clair : étouffer les voix libres et intimider quiconque ose penser autrement, parler autrement ou refuser l’alignement.
Ce qui arrive aujourd’hui à Mourad et Borhen résume à lui seul deux réalités devenues indissociables : la dictature et la vindicte. Deux logiques organisées, assumées et désormais systématisées.
Tout a commencé par leur arrestation en vertu du décret-loi 54. Autrement dit : ils ont été arrêtés pour avoir exercé leur métier et exprimé leurs opinions. Huit mois de prison chacun, pour des paroles, des analyses et des prises de position. C’est la dictature dans sa forme la plus classique : celle qui redoute jusqu’à l’écho de sa propre voix, celle qui transforme la critique en menace et l’opinion en délit.
Puis, à l’approche de leur libération, une affaire financière a opportunément surgi. Leur détention a été prolongée. Trois ans et demi de prison en première instance. Une peine confirmée aujourd’hui en appel. Voilà la vindicte. Voilà aussi la signature des régimes populistes fermés : ils craignent les idées et craignent encore davantage leur circulation dans la société.
Kaïs Saïed et son régime sont les deux faces d’une même pièce. Deux faces également hideuses : la dictature et le populisme.
Leur mode opératoire apparaît désormais avec une brutalité limpide : des arrestations spectaculaires et une justice mise au pas.
Les arrestations spectaculaires reposent sur deux piliers. D’abord, des campagnes destinées à asphyxier l’espace public. Le mois de mai 2024 en a été l’illustration la plus brutale, avec une vague massive de poursuites et d’arrestations visant journalistes, avocats, militants et voix critiques. Ensuite, la terreur exercée contre les familles, les proches et l’entourage des personnes ciblées. La répression devient alors une punition collective, destinée à isoler, briser et faire taire.
La justice aux ordres, elle, agit sur deux registres complémentaires. D’un côté, les textes liberticides qui criminalisent les opinions : les outils de la dictature. De l’autre, les affaires financières montées en épingle : les outils du populisme. Des actes ordinaires sont transformés en crimes moraux afin de fabriquer des coupables et de nourrir une mécanique de haine publique.
Kaïs Saïed et son régime ne sont qu’une monnaie sans valeur politique ni morale. Un pouvoir qui ne construit rien, mais qui frappe, fracture et détruit : le passé, le présent et l’avenir.
Le Comité :
Renouvelle sa solidarité totale avec Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, leurs familles, ainsi qu’avec tous les journalistes et défenseurs des libertés poursuivis pour leurs opinions ;
Condamne l’utilisation de la justice comme instrument de vengeance politique et de répression ;
Exige la libération immédiate de Mourad Zeghidi, de Borhen Bsaies et de tous les prisonniers d’opinion en Tunisie ;
Appelle à l’abrogation de toutes les lois criminalisant la liberté d’expression, à commencer par le décret-loi 54 ;
Tient le pouvoir pleinement responsable de la destruction continue de la vie politique, médiatique et judiciaire en Tunisie.
-La répression ne produit pas la stabilité.
-Le populisme ne produit pas d’avenir.
-Et aucune société ne peut survivre durablement lorsque la liberté devient un crime.

