Tunisie : Quand le remboursement de la dette augmente la dette

En juillet 2026, la Tunisie a remboursé un Eurobond de 700 millions d’euros, soit environ 2,4 milliards de dinars.
En principe, un tel remboursement devrait réduire la dette publique du même montant.
Mais le mécanisme retenu est différent : le remboursement a été accompagné de nouveaux financements extérieurs, notamment auprès d’Afreximbank et du Fonds monétaire arabe, pour environ 2,4 milliards de dinars au total, ainsi que d’un tirage de 2,4 milliards de dinars auprès de la BCT.
Résultat : la dette extérieure remboursée est largement remplacée par de nouveaux emprunts, tandis que le financement de la BCT ajoute 2,4 milliards de dinars à la dette publique.
La question mérite donc d’être posée : fallait-il mobiliser plus tôt les financements extérieurs pour éviter ce recours supplémentaire à la BCT ?
En définitive, une échéance qui aurait dû réduire la dette publique de 2,4 milliards se traduit par une augmentation nette de l’endettement public de 2,4 milliards de dinars.
Et pendant ce temps, le Tunisien moyen peut légitimement se demander pourquoi la dette continue d’augmenter alors que les services publics et les infrastructures de base se dégradent.

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Le remboursement, à la mi-juillet 2026, de l’Eurobond de 700 millions d’euros a été présenté comme faisant partie d’une stratégie gouvernementale visant à réduire progressivement le recours à la dette extérieure au profit d’un financement intérieur accru. Cette interprétation mérite toutefois d’être examinée à la lumière des opérations réalisées autour de cette échéance. Le remboursement de l’Eurobond s’est en effet accompagné à la fois de nouveaux financements extérieurs et d’un recours important au financement de la Banque centrale.

Rappelons que le budget de l’État pour 2026 prévoyait le remboursement, en juillet, de cet Eurobond de 700 millions d’euros. Il prévoyait également la mobilisation de financements extérieurs, notamment auprès d’Afreximbank. Le 16 juin 2026, la BCT, agissant au nom et pour le compte de l’État tunisien, a conclu avec Afreximbank une facilité de 500 millions de dollars, soit environ 1,5 milliard de dinars. Le 7 juillet, la Tunisie a également conclu avec le Fonds monétaire arabe un accord de financement de 312 millions de dollars, dont 104 millions de dollars au titre de la première tranche.

Les ordres de grandeur sont révélateurs. Le remboursement des 700 millions d’euros représente environ 2,4 milliards de dinars. Les financements prévus auprès d’Afreximbank et du FMA représentent, ensemble, environ 2,4 milliards de dinars. Le montant des nouveaux financements extérieurs est donc presque équivalent à celui de l’Eurobond remboursé. À ces ressources extérieures s’ajoute un tirage de 2,4 milliards de dinars effectué par le Trésor en juillet sur les facilités de financement de la BCT. Au moment de cette échéance, le Trésor a ainsi mobilisé 2,4 milliards de dinars de nouveaux financements extérieurs et a parallèlement accru son recours au financement de la Banque centrale à hauteur de 2,4 milliards de dinars.

Situation normale des finances publiques

Dans une situation normale, le Trésor aurait remboursé l’Eurobond à partir de ses ressources propres. Il aurait prélevé 2,4 milliards de dinars sur ses disponibilités auprès de la BCT, acheté les devises nécessaires et réglé l’échéance.

L’effet aurait été direct : les avoirs du Trésor auprès de la BCT auraient diminué de 2,4 milliards de dinars et, simultanément, la dette extérieure aurait diminué du même montant. La dette publique totale aurait donc baissé de 2,4 milliards de dinars.

Ce qui s’est passé en juillet 2026

En juillet 2026, le mécanisme est différent. Pour faire face à l’échéance, le Trésor a mobilisé de nouveaux financements extérieurs tout en recourant à la facilité de financement direct de la BCT. Les nouveaux emprunts extérieurs ont ainsi permis de remplacer, à hauteur d’environ 2,4 milliards de dinars, la dette extérieure arrivée à échéance. Leur effet sur le niveau global de la dette est donc nul.

En revanche, le Trésor a tiré 2,4 milliards de dinars sur les facilités de financement de la BCT. Ce montant constitue une dette intérieure supplémentaire.

Le résultat est donc très différent du scénario normal. La dette extérieure diminue de 2,4 milliards de dinars, mais cette baisse est compensée par les nouveaux financements extérieurs. Le concours supplémentaire de la BCT vient, lui, accroître la dette intérieure.

Il aurait suffi au Trésor d’accélérer la mobilisation des financements d’Afreximbank et du FMA avant l’échéance de l’Eurobond pour éviter le recours au financement direct de la BCT et, par conséquent, l’augmentation de 2,4 milliards de dinars de la dette publique.

En définitive, une échéance qui aurait dû réduire la dette publique de 2,4 milliards se traduit ainsi par une augmentation nette de l’endettement public de 2,4 milliards de dinars. Et le Tunisien moyen peut alors légitimement s’étonner de voir la dette publique continuer d’augmenter alors même que les services publics et les infrastructures de base se dégradent.

Sadok Rouai , ancien haut cadre de la BCT et ancien conseiller auprès du conseil d’administration du FMI.