Yémen : les Houthis frappent les aéroports de Riyad et d’Aden

L’Arabie saoudite a affirmé ce mercredi avoir intercepté des missiles tirés par les Houthis du Yémen en direction de Riyad. Ces derniers poursuivent leurs frappes contre le royaume malgré la contre-offensive menée par les forces gouvernementales yéménites appuyées par les forces saoudiennes.

Dans ce conflit qui s’est réveillé en juillet après plusieurs années d’accalmie, les combattants houthis pro-iraniens ont mené une percée éclair début septembre, s’emparant du littoral yéménite sur la mer Rouge et renforçant leur contrôle sur le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.

Les Houthis disent procéder à des tirs de drones, de missiles balistiques et de croisière, et ont prévenu les compagnies aériennes que l’espace aérien saoudien n’était « pas sûr ». Une explosion a retenti mardi dans le nord de la capitale saoudienne, ont indiqué des habitants à l’AFP. Et « un missile balistique tiré par la milice terroriste houthie visant la ville de Khamis Mushait (sud-ouest) a été intercepté et détruit », a indiqué mardi sur X Turki Al-Maliki, le porte-parole de la coalition menée par l’Arabie saoudite, alliée depuis 2015 du gouvernement yéménite. Tôt mercredi, la coalition a « intercepté et détruit » un autre missile houthi, « au nord de Riyad », a-t-il ajouté.

Les Houthis multiplient les menaces…

Également mercredi, l’agence du gouvernement yéménite, Saba, a fait état d’attaques de drones explosifs et de deux missiles balistiques houthis contre l’aéroport d’Aden, ville du sud-ouest où siège le gouvernement internationalement reconnu. Les Houthis ont aussi revendiqué, quelques heures plus tard, des tirs de missile sur Riyad – que les Saoudiens disent avoir intercepté – après avoir déjà affirmé lundi avoir frappé l’aéroport international de la capitale saoudienne.

L’Autorité générale saoudienne de l’aviation civile est restée silencieuse sur la situation à Riyad, alors que la capitale est confrontée quasi quotidiennement à des fermetures temporaires de son espace aérien, selon des données du site Flightradar24. Elle a cependant fait état de frappes sur d’autres aéroports dans le sud du royaume, signalant trois blessés légers et des dégâts matériels.

Lundi, les combattants houthis avaient aussi ciblé une raffinerie d’Aramco sur la mer Rouge, perturbant la production pétrolière de l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut. Des témoins avaient également indiqué avoir vu des flammes sur la base militaire saoudienne de Khamis Mushait.

La contre-offensive tente de leur répondre

Les forces du gouvernement yéménite, reconnu internationalement, ont lancé ces derniers jours une contre-offensive avec l’appui aérien de l’Arabie saoudite voisine. Elles affirment avoir mené plus de 1 000 frappes et repris des zones stratégiques sur la côte de la mer Rouge. Elles ont revendiqué « des victoires sur plusieurs fronts », assurant avoir « repoussé les Houthis hors de la zone de Bab el-Mandeb » et de la ville de Mokha, capturée par le camp adverse le mois dernier.

Elles ont aussi fait état d’avancées dans le sud du gouvernorat de Marib, dans le centre du Yémen, et indiqué avoir lancé une offensive sur la capitale Sanaa, aux mains des Houthis depuis plus de dix ans. Des déclarations démenties par le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree. Il a notamment assuré que les combattants pro-iraniens avaient repoussé les forces gouvernementales qui tentaient d’avancer vers le secteur d’Al-Waziya, une position stratégique pour sécuriser le détroit de Bab el-Mandeb.

Les Houthis ont cependant annoncé la mort de six membres d’une même famille dans une frappe saoudienne sur un village, dans le nord du Yémen. Des sources militaires des deux bords n’ont, elles, pas fait état d’évolutions majeures sur le terrain. Plusieurs sources ont néanmoins fait état d’une intensification des hostilités, les deux camps ayant recensé 270 morts ces dernières 24 heures.

Le Pakistana  et la Turquie au soutien des Saoudiens

Peinant à repousser les attaques des Houthis, Riyad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des États-Unis, sans succès jusqu’ici. La Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite se sont mis d’accord en revanche pour passer « immédiatement à la mise en pratique » d’un accord de défense, signé en août à La Mecque. Ils ont annoncé lundi leur intention de « fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume ».

Cette annonce « suggère un déploiement de caractère défensif », visant à aider Riyad à intercepter les missiles et drones houthis, a commenté Hamish Kinnear, du cabinet Verisk Maplecroft. Car Ankara et Islamabad sont « peu enclins à se laisser entraîner dans une guerre contre l’Iran et soucieux de conserver leur rôle de médiateurs entre Washington et Téhéran », souligne-t-il.

Même si, selon une source diplomatique pakistanaise, « tout reste à définir » au niveau opérationnel dans ce pacte entre la deuxième armée de l’Otan (la Turquie), la principale puissance du Golfe (l’Arabie saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (le Pakistan). Pour le moment, seules les forces saoudiennes mènent les combats.