En marge des manifestations des lycéens et des étudiants en France, il était évidemment indispensable de recueillir l’avis d’un éminent spécialiste de l’éducation française : Donald Trump.
Parce qu’après tout, qui mieux qu’un président américain peut expliquer aux Français pourquoi leurs lycéens descendent dans la rue ?
Selon Trump, inutile de chercher du côté des suppressions de postes, du manque de moyens, des conditions d’enseignement ou de l’avenir bouché d’une génération.
Non.
C’est l’islam.
Et, bien sûr, cette mystérieuse « immigration de masse hors de contrôle » qui aurait décidé, dans l’ombre, de s’emparer des lycées français.
Le diagnostic est posé. Pas besoin d’enquête. Pas besoin de statistiques. Pas besoin même de regarder ce que réclament réellement les manifestants.
Des milliers de jeunes demandent des moyens pour l’éducation ?
Trump entend une invasion.
Des professeurs manifestent ?
Une guerre civilisationnelle.
Des étudiants descendent dans la rue ?
Le communisme international frappe à la porte.
C’est pratique, la politique quand on dispose d’un ennemi universel : il suffit de lui faire porter tous les symptômes.
En France, pourtant, personne n’a établi de lien entre ce mouvement et une quelconque revendication religieuse ou identitaire.
Mais aux États-Unis, certains commentateurs proches du mouvement MAGA ont déjà commencé à recycler les images des manifestations françaises, surtout celles montrant les affrontements avec les forces de l’ordre.
On transforme quelques scènes de chaos en bande-annonce de l’apocalypse alors que les lycéens français réclament simplement davantage de moyens pour leur école.
C’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus.
Parce qu’un jeune qui réclame un professeur, une classe décente ou un avenir n’est pas très spectaculaire.
Un jeune transformé en ennemi islamiste, immigré et communiste, en revanche, fait beaucoup mieux à la télévision.
La politique moderne n’a plus toujours besoin de comprendre une colère.
Elle a seulement besoin de lui trouver un coupable assez rentable.
Alors Trump, occupe-toi donc de tes propres problèmes, de tes casseroles et de ton pays qui se déchire sous tes yeux. La jeunesse française n’a ni besoin de tes leçons ni de tes fantasmes politiques. Elle manifeste pour son avenir. Toi, tu ferais déjà bien de t’occuper du tien : vu l’état du dossier, tu as largement de quoi t’occuper jusqu’à la fin de tes jours.
Tarak Amira


