Six Entreprises Tunisiennes dans le top 130 premières du Classement africain du Financial Times 2026

Félicitions! L’entrée de la Tunisie dans le top 5 des pays africain représentés mérite attention : 6 entreprises tunisiennes à croissance organique significative, malgré un environnement financier contraignant, une pression réglementaire croissante et un accès au capital limité.

Ce résultat suggère que l’économie productive tunisienne recèle des poches de résilience que ni le discours officiel ni les indicateurs macro souverains ne donnent à voir. Identifier ces entreprises, leurs secteurs et leurs profils pourrait constituer le point de départ d’une réflexion sérieuse sur ce que l’État tunisien devrait — et ne fait pas — pour les accompagner.​​​​​​​​​​​​​​​​

Le palmarès tunisien : vue d’ensemble

Dans le parmares publié par le Financial Times , la Tunisie place 6 entreprises dans le Top 130 africain, entre les rangs 74 et 111. Ce n’est pas un exploit de façade : toutes affichent une croissance organique réelle, certifiée, sur trois ans (2021–2024), dans un contexte macroéconomique national particulièrement adverse — inflation à deux chiffres, dépréciation du dinar, rationnement des devises, blocage du crédit bancaire. Que des entreprises tunisiennes aient non seulement survécu mais crû significativement en dollars dans cet environnement mérite un regard analytique sérieux.

Profil détaillé de chaque entreprise

 Rang 74 — Gomycode | Éducation tech | TCAC : 32,28 %

Fondée en 2018, Gomycode est la jeune pousse la plus dynamique du lot — et la seule pure start-up de l’échelon tunisien. Spécialisée dans la formation aux compétences numériques (coding, data science, IA), elle a multiplié son chiffre d’affaires par 2,3x en trois ans, passant de 1,87 à 4,34 millions de dollars.

Son modèle est panafricain : présente dans une quinzaine de pays, elle capte une demande massive de requalification professionnelle que les systèmes éducatifs publics sont incapables de satisfaire. Ses 180 employés en 2024 (contre 160 en 2021) indiquent une croissance maîtrisée, prioritairement revenue-driven plutôt qu’effectif-driven. C’est le profil typique de l’entreprise asset-light que favorise la méthodologie FT/Statista.

 Rang 84 — Hannibal Lease | Fintech / Leasing | TCAC : 25,81 %

Créée en 2001, Hannibal Lease est un établissement de leasing financier. Son TCAC de 25,81 % — quasi-doublement du CA de 9,99 à 17,99 millions de dollars — est remarquable pour une institution financière réglementée évoluant dans un secteur bancaire tunisien structurellement sous pression.

Cela suggère une appétence croissante des PME tunisiennes pour le financement alternatif face au rationnement du crédit bancaire classique. Avec seulement 132 employés, son ratio CA/effectif est élevé, signe d’une productivité financière solide. À surveiller : sa capacité à mobiliser des ressources longues dans un contexte de taux élevés.

 Rang 92 — MS Solutions (Monetics Services Solutions) | IT & Software | TCAC : 23,40 %

Fondée en 2013, MS Solutions opère dans les technologies de paiement et la monétique — un segment en forte expansion avec la digitalisation des transactions en Tunisie. Son CA a pratiquement doublé (10,84 → 18,41 millions de dollars), avec un effectif passé de 53 à 96 personnes — quasi-doublement des équipes, ce qui tranche avec les autres entreprises du palmarès.

C’est l’entreprise tunisienne à la croissance d’emplois la plus forte en proportion. Dans un secteur où Tunisie Télécom décline et où les opérateurs privés captent la valeur, MS Solutions incarne l’écosystème de sous-traitance technologique qui prospère dans les interstices du système.

Rang 99 — Sotetel | Médias & Télécommunications | TCAC : 21,90 %

Créée en 1981 — la plus ancienne entreprise du lot —, Sotetel (Société Tunisienne d’Entreprises de Télécommunications) est un acteur historique de l’infrastructure télécom, spécialisé dans l’ingénierie et les travaux de réseaux.

Son CA est passé de 13,58 à 22,25 millions de dollars. Avec 272 employés (stable par rapport à 270 en 2021), elle affiche une croissance de revenus sans inflation d’effectifs — signe d’une montée en gamme tarifaire ou d’une amélioration du mix contrats. Entreprise B2B par excellence, elle bénéficie vraisemblablement du déploiement de la fibre et des investissements d’infrastructure des opérateurs privés (Orange, Ooredoo) documentés dans les rapports BMI/Fitch.

Rang 103 — Unimed | Pharmaceutique | TCAC : 20,45 %

Unité de Fabrication des Médicaments SA, fondée en 1989, est le poids lourd industriel du palmarès tunisien. Avec un CA de 46,44 millions de dollars en 2024 (contre 29,39 en 2021) et 786 employés, c’est de loin le plus grand employeur tunisien du classement. Sa croissance à 20 % l’an dans l’industrie pharmaceutique — secteur capitalistique, réglementé, à cycles longs — est structurellement plus difficile à générer que dans la fintech ou l’IT.

Elle signale une capacité productive réelle : export de génériques, substitution aux importations, ou montée en gamme vers les cosméceutiques. Dans un pays où la balance pharmaceutique est déficitaire, Unimed représente exactement le type d’acteur industriel que la politique économique tunisienne devrait prioriser — et sous-finance chroniquement.

Rang 111 — Land’Or | Agriculture & Agroalimentaire | TCAC : 17,51 %

Fondée en 1994, Land’Or est le champion tunisien par le chiffre d’affaires : 81,46 millions de dollars en 2024, contre 55,51 en 2021. Avec 900 employés — le plus grand effectif du contingent tunisien —, c’est une entreprise agroalimentaire de taille réelle, vraisemblablement positionnée sur les produits laitiers et dérivés (son nom commercial est associé à ce segment). Dans un secteur agricole tunisien plombé par l’indivision foncière, la sécheresse structurelle et la subvention distorsive, une croissance de 17,51 % l’an en dollars est contre-intuitive — et d’autant plus significative. Elle suggère soit un fort ancrage export, soit une pricing power interne significative, soit les deux.

Verdict analytique

Ces 6 entreprises dessinent un portrait inattendu de l’économie productive tunisienne : un écosystème de PME et ETI capables de croître en dollars malgré la dépréciation du dinar, la contrainte de change, la pression fiscale et le sous-financement bancaire. Aucune n’est une entreprise publique. Aucune n’est issue d’un secteur protégé par rente et la collusion.
Toutes ont crû par la qualité de leur offre ou l’expansion de leurs marchés.

Ce que ce classement dit en creux : l’État tunisien n’est pas la condition du succès de ces entreprises — il en est souvent le principal obstacle surmonté. Voir moins

Moktar Lamari , E4T

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