L’école ne doit pas trier les enfants , mais les élever !

L’existence des collèges et lycées pilotes pose une question de fond :

la mission de l’école publique est-elle de sélectionner précocement les meilleurs ou d’élever le niveau de tous ?

En concentrant, dès le plus jeune âge, les élèves les plus performants, le système ne produit pas l’excellence, il la recrute.

Cette sélection précoce, largement influencée par les inégalités sociales, culturelles et territoriales, fige des trajectoires scolaires alors que les potentialités des enfants continuent d’évoluer bien au-delà de l’entrée au collège.

En privant les établissements ordinaires de leurs élèves les plus brillants, le système affaiblit la diversité des profils, réduit les effets d’émulation et accentue la fracture entre établissements d’élite et établissements ordinaires. Il entretient ainsi une illusion d’excellence, les performances des établissements pilotes reflétant souvent davantage la qualité de leur recrutement que leur réelle valeur ajoutée pédagogique.

Plus profondément, ce modèle détourne l’attention des véritables priorités : améliorer la qualité de tous les établissements, garantir les mêmes exigences partout et offrir à chaque élève, quel que soit son milieu social ou son lieu de résidence, les conditions de développer pleinement son potentiel.

Une nation ne construit pas un système éducatif performant en concentrant l’excellence dans quelques établissements, mais en diffusant l’exigence, les ressources et les opportunités à l’ensemble du réseau scolaire.

La réussite d’un système éducatif ne devrait pas se mesurer à l’excellence d’une minorité déjà sélectionnée, mais à sa capacité à faire progresser l’ensemble de ses élèves et à réduire les inégalités de départ.

Imène Ben Mohamed Salah