New York, siège de l’ONU : un immeuble où les nations viennent parler de paix après avoir compté leurs missiles.
J’ai écouté quelques discours. Certains mériteraient une analyse. D’autres, une autopsie. Je reviendrai plus tard sur celui de Macron.
Donc, la veille, comme à son habitude, Donald Trump, ce va-t-en guerre déguisé en patate douce, menaçait l’Iran d’« anéantissement » et traitait les iraniens de terroristes.
Il parlait du droit de tuer, dans cette enceinte bâtie pour garantir la paix.
Les morts, eux, n’ont toujours pas obtenu leur droit de réponse. Ici, même les cadavres doivent respecter le protocole : se taire pendant qu’on justifie leur disparition.
Le lendemain, le président iranien Massoud Pezeshkian est monté à la tribune, non pour s’excuser ni pour plier, mais pour reprendre le récit.
Son arme n’avait pas de canon, seulement des mots. L’Iran est prêt à négocier, a-t-il dit, mais pas à genoux, pas sous la menace, pas avec un pistolet posé contre la tempe.
Il a ensuite renvoyé aux Américains leurs propres accusations : la menace, la sécurité, le terrorisme. À chaque mot, il tendait un miroir.
Puis sont venues les photographies : des victimes iraniennes, des enfants, des morts à qui l’on ne peut pas imposer de cessez-le-feu. Celle de Khamenei aussi, présenté par Téhéran comme une victime des frappes americano-sionistes. Une image ne plaide pas, elle reste là, silencieuse, et c’est parfois bien plus efficace qu’un diplomate.
Mais le discours ne s’adressait pas seulement à Washington. Il visait aussi ceux qui observent le détroit d’Ormuz avec l’attention d’un chirurgien devant une artère ouverte. Car derrière les grands mots, il y a les pétroliers, les sanctions, les ports, l’argent, et cette vieille vérité que la diplomatie s’évertue à maquiller : la géopolitique commence souvent là où la morale s’arrête.
Pezeshkian a pourtant laissé une porte entrouverte. L’Iran accepte le dialogue, mais refuse la reddition. Toute l’ambiguïté du discours est là : montrer les dents sans claquer la porte, menacer sans fermer la sortie. Une guerre totale ne produit jamais de vainqueurs propres, seulement des survivants aux mains un peu plus sales.
Puis les micros se sont éteints, les applaudissements se sont dissipés, les diplomates ont remis leurs sourires et chacun est retourné à ses calculs.
Dans les couloirs de l’ONU, on continuera de parler de paix. Dans les capitales, on comptera les missiles. Et quelque part entre les deux, des familles compteront leurs morts.
Et c’est cela, finalement, le véritable talent de la diplomatie moderne : transformer les victimes en statistiques, les bombardements en « opérations de sécurité », puis demander aux survivants de croire encore au langage de la paix.
Pezeshkian, lui, a fait exactement l’inverse. Il a remis les victimes au centre du discours, refusé que la menace tienne lieu de diplomatie et rappelé qu’une négociation n’a de sens que lorsqu’elle se déroule entre interlocuteurs debout.
Dans une salle habituée aux formules prudentes, son discours avait quelque chose de rare : il ne cherchait pas à plaire au plus puissant, mais à défendre la dignité de celui qui refusait de plier.
Et lorsque les micros se sont éteints, il restait cette impression : pour une fois, quelqu’un avait parlé à l’ONU comme si les morts avaient encore une voix.
Tarak Amira

