Il y a des hommes que le ciel refuse, semble-t-il, de renier tout à fait.
Hier mardi, pour la cinquième fois depuis que la Cour pénale internationale a délivré un mandat d’arrêt contre lui, l’avion de Benyamin Netanyahou a traversé l’espace aérien français. Sans escorte, sans incident — un point comme un autre sur un radar.
La France avait déjà donné son feu vert en février, avril et juillet 2025, puis en juillet 2026. À ce stade, ce n’est plus vraiment une autorisation de survol.
C’est devenu un rituel.
On imagine presque le formulaire administratif : nom, Benyamin Netanyahou ; destination, New York ; motif, Assemblée générale de l’ONU ; mandat d’arrêt international, oui ; survol de la France, autorisé. La bureaucratie a parfois un humour involontaire.
Depuis novembre 2024, la CPI le recherche pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés à Gaza.
Un mandat d’arrêt est censé rétrécir l’espace de liberté d’un homme. Celui-ci semble surtout avoir compliqué la tâche des cartographes : La Haye a tracé une frontière, l’avion s’est contenté de la contourner.
Et Netanyahou poursuit tranquillement sa route vers les tribunes feutrées de l’ONU, où l’on continue de parler de droit international avec le sérieux cérémoniel réservé, d’ordinaire, aux communiqués boursiers.
Le plus troublant, finalement, n’est peut-être pas qu’il puisse encore voler. C’est qu’un mandat pensé pour rétrécir son monde n’ait réussi, jusqu’ici, qu’à modifier ses itinéraires.
La justice avait fermé une porte ; la diplomatie, elle, lui a montré la sortie de secours.
Tarak Amira

