La reconnaissance et le silence

Il y a un an, le 22 septembre 2025, la France reconnaissait officiellement l’État de Palestine.
À New York, sous les ors de l’ONU, Emmanuel Macron annonçait cette décision lors de la conférence sur la solution à deux États, coprésidée par la France et l’Arabie saoudite.

Un geste historique.
Du moins sur le papier.
Car reconnaître un État, ce n’est pas seulement prononcer son nom devant une assemblée de diplomates.
Ce n’est pas déposer quelques mots solennels dans les archives des Nations unies avant de reprendre l’avion.

Reconnaître un État, c’est accepter ce que le mot implique.
Une existence.
Des frontières.
Une souveraineté.
Des droits.
Une protection.
Et surtout, une responsabilité.

Parce qu’une reconnaissance qui ne change rien sur le terrain risque de devenir une étrange forme de décoration diplomatique : on l’accroche au mur, on la photographie, puis on laisse la réalité continuer son travail.

Les chancelleries empilent les communiqués, les Palestiniens, eux, n’ont plus grand-chose à dire.
Ils comptent leurs morts.
Puis leurs ruines.
Puis les jours qui s’ajoutent aux jours.

En face, des sionistes sanguinaires semblent avoir dépassé la frontière où la raison rend encore des comptes.
Ils ont touché la queue fourchue de la folie.
Et, manifestement, elle ne lâche plus.

Et pendant que les communiqués cherchent leurs formules, le ciel de Gaza continue de porter cette couleur particulière que prennent les génocides lorsqu’ils durent trop longtemps : celle de la cendre.

La France a reconnu la Palestine.
Mais une reconnaissance n’est pas une garantie.
Elle ne devient politique que lorsqu’elle produit des actes : défendre le droit, empêcher les violations, exiger des comptes, sanctionner car c’est nécessaire, reconstruire lorsque tout a été détruit.
Sinon, il ne reste qu’un mot.
Et les mots, dans certaines guerres, ont une fâcheuse tendance à mourir beaucoup plus vite que les victimes.

Un an déjà.
La Palestine est reconnue mais elle saigne encore.
Et le ciel, noir de cendres, continue de regarder sans cligner.

À Paris, les promesses ont surtout le mérite de ne jamais demander de comptes.

Alors, de grâce, Monsieur Macron, épargnez-nous le grand théâtre diplomatique : cessez de discourir, rangez les formules creuses et dites-nous franchement ce que tout ce silence finit par murmurer à votre place : la Palestine est le cadet de vos soucis.

Tarak Amira