« Nous sommes, au moins sûrs , de récupérer notre capital »

Je ne serais pas surpris par la réaction prudente de certaines banques face aux « crédits ZÉRO ». Cette prudence me rappelle une expérience vécue à la BCT dans les années 1980, lorsque nous avions mis en place des mécanismes destinés à encourager le financement de l’investissement.

Le dispositif comportait plusieurs facilités : des fonds budgétaires étaient accordés aux investisseurs pour renforcer leurs apports en fonds propres, tandis que les crédits bancaires bénéficiaient de taux bonifiés. L’objectif était de réduire à la fois l’effort financier initial des promoteurs et le coût du crédit.

En contrepartie, les banques devaient consacrer, à titre d’exemple, 10 % du montant total de leurs dépôts à ces opérations. Lorsqu’une banque n’atteignait pas ce ratio, le montant correspondant au déficit devait être déposé auprès de la BCT, sans rémunération.

Avec le temps, toutes les banques avaient dépassé ce ratio, à l’exception d’une seule — qui était pourtant l’une des plus performantes de la place à l’époque.

J’ai cherché à comprendre cette apparente « mauvaise volonté ». Les responsables m’expliquèrent qu’ils avaient choisi de ne rien changer à leur politique de crédit et préféraient continuer à sélectionner leurs crédits selon leurs propres critères, quitte à laisser une partie de leurs ressources immobilisée à la BCT sans rémunération.

Je leur fis remarquer que cela avait tout de même un coût.

« Oui », me répondirent-ils, « mais dans ce cas, au moins, nous sommes sûrs de récupérer notre capital. »

Sadok Rouai