Méditerranée : l’eau est désormais l’affaire de tous

Le 28 septembre 2026, à Rome, les ministres en charge de l’eau des pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) ont adopté une nouvelle Déclaration ministérielle sur l’eau en Méditerranée, neuf ans après celle de Malte de 2017.

Le constat posé est sans ambiguïté : la région euro-méditerranéenne fait face à une crise de l’eau, aggravée notamment par le changement climatique, la croissance démographique et le développement économique.

Mais cette déclaration est surtout importante par les orientations qu’elle fixe pour les prochaines années.

💧 Face à la rareté, agir d’abord sur la demande

La réponse ne peut plus reposer uniquement sur la mobilisation de nouvelles ressources. La Déclaration appelle à renforcer la gestion de la demande, l’efficacité des usages et la gestion durable de l’eau, tout en développant les ressources conventionnelles et non conventionnelles, notamment la réutilisation des eaux usées traitées et le dessalement.

C’est une évolution essentielle : dans une Méditerranée de plus en plus contrainte, la sobriété et l’efficacité hydriques deviennent incontournables.

🌧️ Passer de la réaction à l’anticipation

Sécheresses, inondations, incendies, glissements de terrain : les catastrophes liées à l’eau deviennent plus fréquentes et plus intenses.

La Déclaration appelle explicitement à passer d’une gestion réactive à une gestion anticipative des risques : planification fondée sur les risques, systèmes d’alerte précoce robustes, renforcement de la protection civile et préparation des communautés.

🌍 Penser l’eau avec l’agriculture, l’énergie et les écosystèmes

La gestion intégrée des ressources en eau reste au cœur de l’action, mais elle doit désormais être renforcée par le Nexus Eau–Énergie–Alimentation–Écosystèmes (WEFE).

L’eau ne peut plus être gérée séparément des politiques agricoles, énergétiques, environnementales, industrielles et urbaines.

💰 Financer non seulement les infrastructures, mais aussi leur durabilité

La Déclaration met fortement l’accent sur le financement. Les investissements doivent être réalistes et financés sur la durée, non seulement pour construire de nouvelles infrastructures, mais aussi pour assurer leur exploitation, leur maintenance et la pérennité des services.

Les pays sont notamment encouragés à développer de véritables cadres nationaux de financement de l’eau.

🤖 Le numérique et l’intelligence artificielle entrent pleinement dans la politique de l’eau

Digitalisation, données et intelligence artificielle sont désormais reconnues comme des leviers majeurs pour améliorer l’efficacité de la gestion des ressources et des services d’eau.

Mais cette transformation devra nécessairement s’accompagner de capacités humaines, de données fiables et accessibles, ainsi que de cadres institutionnels, législatifs et réglementaires adaptés.

🌱 L’eau au cœur de l’adaptation climatique

Autre message particulièrement important : il ne suffit plus d’intégrer le changement climatique dans les politiques de l’eau.

Il faut également intégrer l’eau dans les politiques climatiques, notamment dans les plans nationaux d’adaptation et, lorsque cela est pertinent, dans les contributions climatiques nationales.

🚰 L’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste un droit humain

La Déclaration réaffirme les droits humains à une eau potable sûre et à l’assainissement et appelle à accélérer l’accès universel aux services WASH, avec une attention particulière portée aux femmes, aux filles et aux populations vulnérables.

Elle insiste également sur la participation des femmes et des jeunes dans les politiques, les actions et les investissements liés à l’eau.

🤝 Et peut-être le message que je retiens le plus : “Make water everybody’s business.”
Faire de l’eau l’affaire de tous.

L’État et les institutions ont évidemment une responsabilité majeure : planifier, investir, réglementer, protéger les ressources et garantir l’accès aux services.

Mais face à l’ampleur des défis méditerranéens, la gestion de l’eau ne peut plus être uniquement l’affaire du ministère chargé de l’eau.

Agriculteurs, industriels, collectivités locales, opérateurs, chercheurs, secteur privé, société civile et chaque citoyen ont une responsabilité dans la manière dont cette ressource est utilisée et préservée.

Enfin, la Déclaration lance la Rome Initiative on Water, destinée à renforcer les capacités techniques et à faciliter la conception, le financement et la mise en œuvre de projets durables dans le bassin méditerranéen.

Elle constituera également une contribution méditerranéenne à la Conférence des Nations Unies sur l’eau de décembre 2026.

La Méditerranée est l’une des régions du monde où les tensions sur l’eau sont les plus fortes.
Nous savons désormais beaucoup mieux ce qu’il faut faire.

Le véritable enjeu est de passer plus rapidement des déclarations aux politiques publiques, aux financements, aux investissements et aux changements de pratiques.

💧 L’eau est une responsabilité publique, mais sa préservation est une responsabilité collective.

Raoudha Gafrej